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"Parti de rien, Gaspard Fix est bien décidé à faire fortune. Acoquiné à l'huissier Frionnet, il n'hésite pas à flirter avec l'illégalité et à enchaîner les combines pour voir gonfler son bénéfice. Quel meilleur moyen y aurait-il de protéger ses intérêts que d'entrer en politique pour y veiller soi-même? Entre promesses bien placées, amitiés calculées et volte-face opportunes, Maître Gaspard Fix met ses pions en place et progresse sur le grand échiquier national..."

 

Quel drôle de roman! Je ne comprends toujours pas comment il peut figurer dans la collection Bibliothèque verte. Sous couvert du récit de l'ascension politique d'un homme sans scrupule, il s'agit en gros d'un manuel d'histoire et d'un traité politique. Je ne m'attendais certainement pas à ça!

Le roman commence durant la Monarchie de Juillet. Gaspard Fix est un maître brasseur prospère (puisqu'il vend de la bière à base de mélasse, coupée à l'eau), et Louis-Philippe est au pouvoir. Nous suivrons donc les péripéties de la Seconde République, ainsi que l'instauration du Second Empire, durant lequel se termine ce livre. Puisque notre personnage principal s'engage corps et âme en politique, il s'agit de bien plus qu'une trame de fond: Maître Fix s'efface même durant plusieurs chapitres, au profit de détails historiques. J'espère que vous aimez les récits d'élections et de votes à l'Assemblée!

Les auteurs se laissent de plus aller à de nombreuses digressions sur ce que devrait être une véritable démocratie, le rôle idéal de la République, les raisons supposées de la corruption et le manque de vivacité du peuple. Tout le monde en prend pour son grade, religieux compris: le but des classes supérieures est de fournir un épouvantail au peuple (la religion), et de ne surtout pas l'instruire. Nobles, bourgeois et clergé se tiennent pour préserver leurs privilèges.

Au beau milieu de cette Histoire en marche, notre Maître Fix évolue comme un poisson dans l'eau: obséquieux avec les puissants, faussement attentif avec les électeurs, il avance pour ses seuls intérêts. Il a épousé sa femme, une bossue, pour sa dot, marie ses filles pour que cela lui coûte le moins possible, et rêve d'accumuler un véritable empire financier pour son fils unique. Il écrase sans remords ceux qui se trouvent sur sa route, y compris son beau-frère, le docteur Laurent, médecin honorable et républicain convaincu. Famille, patrie, religion: rien de ça ne compte à ses yeux! Il retourne toujours sa veste quand il le faut. On finit presque par admirer son absence de conscience.

C'était long, très long, mais si cette période vous intéresse, "Maître Gaspard Fix" présente certainement de l'intérêt. Les autres se contenteront de passer leur route, certains que le roman a bien mal vieilli, et ne convient certainement plus à des enfants ou à de jeunes lecteurs... s'il leur a vraiment convenu un jour!

 

A noter: le livre est suivi par la nouvelle "L'éducation d'un féodal" (c'est ma malédiction du mois, décidément): en moins de trente pages, on nous présente l'enfance de Siegfried, élevé par son grand-père, le vieux Baron Otto von Meindorf. Amer face à la perte de ses privilèges, il n'aura de cesse de convaincre son petit-fils de son statut particulier, de son devoir de reprendre ce qui leur a été injustement confisqué, et de "l'ordre véritable" du monde basé sur la subordination des classes. Comment grandir dans la haine des autres, en somme...

 

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