tue

"Un dîner en ville. Au menu, nourriture bio, affaires et éducation des enfants. Claire s'ennuie et décide de rentrer seule à vélo. Elle ne le sait pas encore mais sa vie vient de basculer. Tour à tour victime puis criminelle, Claire échoue en prison et refuse obstinément de s'expliquer. À la veille de son jugement, elle se décide enfin à sortir de son mutisme…"

 

Je suis une femme faible et influençable, et s'il y a bien un roman sur lequel tout le monde semble s'être accordé, c'est "Je me suis tue". "Livre coup de poing", "pure réussite", "une merveille"... Renversée par cette avalanche d'éloges, j'ai fini par m'y plonger à mon tour.

Nous ne savons rien, au début, du crime pour lequel Claire est incarcérée. A la page 27, cependant, j'ai eu une fulgurance. J'avais une théorie ! Il ne restait plus qu'à dérouler le récit, afin de vérifier où je m'étais plantée.

Je ne m'étais pas plantée.

Mertalors.

Généralement, je suis pourtant exécrable à ce petit jeu-là ! Manque de bol (ou petite victoire ?), cette fois, j'avais vu juste. Dans beaucoup d'autres romans, cela suffirait à tout gâcher. J'aurais grogné, refermé le livre avec une moue boudeuse et un haussement d'épaules en marmonnant des choses désagréables comme "cousu de fil blanc", voire quelques insultes (je suis une personne extrêmement mesquine quand je suis contrariée). 

Or, ce ne fut pas le cas. Peu importe, au fond, que l'on ait deviné ce qu'a fait Claire et ce qui va se passer. Ce n'est pas tant le "quoi" qui importe, mais l'extraordinaire subtilité du "pourquoi". La finesse de l'analyse psychologique de ce personnage est tout simplement bluffante. On se retrouve à comprendre, voire approuver, les actions pourtant insensées ou simplement maladroites de Claire. Tout est logique. Tout coule de source. Comme si l'auteur nous prenait par la main pour nous faire foncer droit dans le mur volontairement, le pied sur l'accélérateur. La citation extraite de l'Antigone d'Anouilh, en épigraphe*, prend tout son sens : nous avons affaire à une vraie tragédie. "Et il n'y a plus rien à tenter, enfin !".

J'ai pris un plaisir infini à lire ce roman d'une traite. Il ne sombre pas dans le pathos, ne s'appesantit pas sur les moments les plus difficiles ou glauques... Imperturbable et digne, Claire se raconte, assise au bord du vide, là où tout est déjà joué.

Je ne vais donc pas avoir l'occasion de faire ma rebelle en grimaçant que "Je me suis tue" est surcôté, over-hypé, et que vraiment, cet effet de masse, c'est d'une tristesse, roh la la... Mathieu Menegaux mérite sans aucun doute cette déferlante de compliments. J'ajoute volontiers les miens en haut de la pile !

Sans originalité aucune, je vous conseille donc de foncer sur ce bouquin et de vous laisser emporter à votre tour. Ce n'est pas tous les jours qu'on a l'occasion de descendre aux enfers en se disant à chaque marche que c'est une excellente idée...



*Frappe des mains si toi non plus, tu ne savais pas avant cette chronique qu'une citation en début de bouquin, ça s'appelle une épigraphe.