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"Vous ne trouverez pas ici le résumé de ce livre car il est important de le découvrir sans savoir de quoi il parle. On dira simplement qu'il s'agit de l'histoire du jeune Bruno que sa curiosité va mener à une rencontre de l'autre côté d'une étrange barrière. Une de ces barrières qui séparent les hommes et qui ne devraient pas exister."

 

Je joue ma blasée, je lève les yeux au ciel, et je soupire "Ouaaiiis, bon, les récits de seconde guerre mondiale, t'sais, pfff, c'est bon quoi, c'est pas trop ma came". Ce qui est entièrement vrai. Je ne vais pas me tourner naturellement vers un des très nombreux romans qui se déroulent à cette époque.

Pourtant, je me fais encore surprendre. Parfois, c'est par des ressorts insoupçonnés dans l'horreur, comme dans le très bon "Kinderzimmer" de Valentine Goby.

Parfois, c'est par le tact et l'infinie pudeur d'une histoire.

En nous plaçant à la hauteur d'un petit garçon de neuf ans, John Boyne réussit à la fois à parler à son lecteur enfant, en lui permettant d'aborder avec délicatesse le thème de l'Holocauste ; mais il touche aussi infiniment le lecteur adulte en lui rendant ce regard neuf, qui met en évidence l'absurdité de ce déchaînement de violence. Bien que livre jeunesse, il n'est absolument pas à réserver aux enfants ! C'est même, je crois, une merveilleuse occasion de lire en duo.

Bruno ne comprend rien à ce qui se passe. Il déménage d'une super maison à cinq étages à Berlin à une maison qui n'en a que trois, à Hoche-Vite qui est un endroit très nul. Tout ça parce que le Fourreur l'a ordonné à son père, un commandant qui a un chouette brassard "rouge avec un dessin noir et blanc". Ses parents ne lui expliquent pas tout. Après tout, ce n'est qu'un enfant ! Les conflits familiaux restent tabous, et il doit tirer ses propres conclusions des étranges déclarations de sa grand-mère, des éclats de voix lors d'un repas, ou des allées et venues des soldats.

Le lecteur se retrouve donc soumis aux interprétations du petit garçon, souvent fantaisistes, qui cherche simplement à donner du sens au monde qui l'entoure, au comportement déroutant des adultes, et à ces gens là-bas, en pyjamas rayés, qui ont tellement de chance d'être à plusieurs pour jouer alors que Bruno s'ennuie tout seul. Son innocence se teinte inconsciemment de cruauté parfois, et certaines de ses interventions serrent le coeur.

La fin, glaçante, vient clore magnifiquement le récit tout en invitant à la vigilance.

Une évocation pleine de délicatesse de l'absurdité de la guerre et des camps de concentration, à mettre entre toutes les mains.