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"Yeonmi a 13 ans, sa courte vie est déjà marquée par le désespoir. Elle n’a qu’une solution : fuir son pays, la Corée du Nord. Elle ne se doute pas que le chemin vers la liberté va l’entraîner en enfer…

Après des années de privations et de harcèlement, par une nuit glaciale, Yeonmi, 13 ans, et sa mère, réussissent à traverser le fleuve Yalu qui marque la frontière entre la Corée du Nord et la Chine. Elles laissent derrière elles leur pays natal et ses horreurs : la faim, la délation constante et surtout une répression impitoyable et le risque permanent d’être exécutées pour la moindre infraction. Mais leur joie n’est que de courte durée. Rien ne les a préparées à ce qui les attend entre les mains des passeurs. Après plusieurs années d’épreuves inhumaines et un périple à travers la Chine et la Mongolie, Yeonmi atteint finalement la Corée du Sud.

À 22 ans, Yeonmi est désormais une combattante : c’est l’une des plus influentes dissidentes nord-coréennes et une activiste reconnue des droits de l’homme."

Voilà un titre qui me faisait très envie depuis que j'étais tombée sur la très célèbre intervention de son auteur pour One Young World, qui a beaucoup tourné sur les réseaux sociaux :

 


A la base, tout ce que je sais de la Corée du Nord, c'est qu'il s'agit d'une dictature avec un leader taré portant une coupe de cheveux improbable. Et que ça fait des mêmes très drôles sur internet (du moins quand on a un humour aussi pourri que le mien). Ca ne fait pas bien lourd : j'avais donc tout à découvrir.

Avec une immense pudeur, Yeonmi Park revient sur son parcours atroce. Rien ne lui a été épargné. La famine, la mort, les abus et humiliations... C'est admirable qu'un être humain puisse se relever d'une existence pareille.

On découvre avec horreur l'ampleur du lavage de cerveau subi par la population. Le moindre acte est pensé pour le chef suprême. Lui seul est digne d'être aimé, adoré. Il voit tout, entend tout, lit dans vos pensées. Chaque tâche doit veiller à préserver l'intérêt de la nation. Et tant pis si les discours du régime sont en contradiction avec leur quotidien... Yeonmi Park revient d'ailleurs sur "1984" d'Orwell, et la façon dont elle a retrouvé la société nord-coréenne dans ce système de doublepensée.

L'individualité est à ce point méprisée qu'en arrivant en Corée du Sud, l'auteur se retrouvera démunie devant une question aussi simple que "Quelle est ta couleur préférée ?".

"En Corée du Nord, on nous apprend à tout mémoriser, et la plupart du temps il n'existe qu'une seule bonne réponse à chaque question. Alors quand elle m'a demandé quelle était ma couleur préférée, j'ai réfléchi de toutes mes forces pour trouver la "bonne" réponse. Je n'avais jamais appris à utiliser la partie critique de mon cerveau, celle qui émet les jugements raisonnés sur pourquoi telle chose semble meilleure que telle autre." (p.305)

La distance ressentie dans l'écriture m'a déroutée à priori. Le récit est très factuel, et ne cherche en aucun cas à attirer les larmes ou la pitié. Cette absence de pathos, tout à son honneur, m'a toutefois donné un peu de fil à retordre. J'avais du mal à m'impliquer dans le récit, comme si je lisais un article de presse plutôt qu'un témoignage. Cette impression s'est vite dissipée, et une fois habituée à cette réserve, j'ai dévoré le livre en quelques heures seulement.

A l'heure où la Corée du Nord fait encore les gros titres de l'actualité, "Je voulais juste vivre" paraît être une lecture indispensable pour découvrir les souffrances du peuple derrière les obsessions nucléaires et la mégalomanie de son dirigeant. L'auteur se met à nu pour nous permettre de mieux comprendre à quel point on peut être brisé par un système dictatorial.  Un récit auquel il est impossible de rester indifférent... et dont on sort glacé en réalisant que c'est ce qui se passe maintenant, sous nos yeux.