angela

 

"Franck Mc court est né à Brooklyn en pleine Dépression, de parents irlandais récemment immigrés : sa mère, Angela,vient du Sud, et son farouche patriote de père, Malachy, du Nord. Leur première rencontre, un "tremblé de genoux ", annonce une longue série de grossesses pour Angela. Mais il n'y a pas d'argent pour nourrir les enfants, et les rares fois où Malachy travaille, il boit son salaire aussitôt après.
Quand meurt la petite soeur de Franck, Angela et Malachy, accablés de chagrin, décident de retourner en Irlande. Mais les ruelles crasseuses et humides de Limerick font rétrospectivement paraître Brooklyn comme une sorte de paradis. avec des pièces de pneus de bicyclette clouées à ses chaussures en guise de semelles, une tête de cochon pour le repas de Noël et du charbon ramassé sur le bas-côté des routes pour allumer le feu du foyer, Franck supporte la plus misérable des enfances _ mais survit pour raconter son histoire avec exhubérance et, chose remarquable, sans la moindre rancune."

 

Niveau grosse ambiance, "Les cendres d'Angela" se pose là. Découvrir l'histoire de l'enfance de Frank McCourt dans ce Limerick au ciel plombé, l'écouter parler de la faim, de la vermine et du froid ne peut pas laisser indifférent. Mais ce récit n'aurait été qu'une histoire misérabiliste de plus, destinée à faire pleurer dans les chaumières, si elle n'avait pas été rédigée avec ce ton à la fois innocent et plein d'humour.

Car bien qu'il s'agisse d'une autobiographie, ce n'est pas le vieux Frank qui nous parle, au crépuscule de sa vie, pour pérorer sur les difficultés de sa jeunesse, mais le petit Frank de l'époque qui partage avec nous le regard qu'il porte sur ce quotidien. La pauvreté est la toile de fond de sa vie : il n'y a pas à s'indigner sur son injustice, juste à se débrouiller pour survivre. Tout se mêle dans son esprit d'enfant, à des degrés divers d'importance : les morts, le cinéma, les caramels, la menace de la damnation, la maraude de pommes... L'auteur a réussi à dépeindre avec un réalisme saisissant les réflexions du petit garçon qu'il était. C'est ce ton qui permet de traverser la lourdeur de l'histoire sans s'y engluer.

Si ç'avait été un roman, on aurait accusé l'auteur de forcer le trait. Quand, en comparaison, Rémi sans famille a l'air d'être un gros veinard, c'est qu'on est vraiment tout au fond du gouffre. Mais d'une part, Vitalis ne picolait pas tout son pognon, d'autre part, Rémi finissait toujours par tomber sur des gens bienveillants (même s'il leur portait la poisse). Dans mon souvenir, les curés ne le poursuivaient pas non plus en lui parlant d'enfer, mais je suppose qu'en tant qu'artiste de rue, il était de toute façon foutu.

 

jaugeremi

Sur la jauge Remi, on est donc en-dessous.

 

Frank McCourt nous livre un témoignage plein d'intelligence et de bienveillance. Le mépris pour l'alcoolisme du père n'efface pas l'amour qu'il lui porte. Même quand il aura définitivement déchanté sur le secours que Malachy aurait pu représenter, il conservera cette tendresse pour son papa, ses histoires irlandaises et ses obsessions. La pinte de Guinness est profondément ancrée dans la culture, et l'homme qui ne boit pas en devient presque suspect. Mais les hommes qui boivent trop sont nombreux... Et leurs femmes se retrouvent obligées de compter sur la charité pour ne pas que leurs enfants crèvent de froid et de faim. Souvent en cachette, pour tenter d'éviter le déshonneur complet et maintenir les apparences.

L'honnêteté de Frank McCourt va jusqu'à nous dresser un portrait sans compromis de l'enfant qu'il était. Ses absurdités, ses petites lâchetés et ses erreurs ne nous permettent pas de le sanctifier comme innocente victime d'une époque cruelle. Il décrit la honte profonde qu'il ressent en voyant sa mère mendier, et la gifle qu'il ira jusqu'à lui donner, indifférent aux sacrifices qu'elle a pu accomplir pour nourrir seule sa famille. C'est un enfant parmi d'autres, qui fait de son mieux pour avancer. Certainement pas un héros.

La religion en prend pour son grade. Son omniprésence ne laisse que peu de marge aux hommes, et le chemin pour échapper à l'enfer semble bien savonneux, tant les péchés sont légion ! En gros, l'idéal, ce serait de mourir en martyr, mais tout le monde n'a pas cette chance. On se contente de naviguer de confession en confession, entre deux états de damnation. Pas de place pour les plaintes : la souffrance doit être offerte à Jésus !

"Les cendres d'Angela" parvient à dépasser le simple témoignage de la misère pour nous offrir un portrait parfois grinçant et souvent drôle de l'enfance d'un petit irlandais durant ces années noires. Une très belle lecture, enrichissante et pleine d'espoir.