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"Sur la suggestion de sa soeur Marguerite, Henri, petit garçon de huit ans, entreprend d'écrire ses mémoires."

 

Quelle bonne idée, ces fausses mémoires d'un enfant de huit ans ! Comme le résultat pouvait être intéressant et décalé ! Ah, j'étais emballée. Même si le livre précédent de l'auteur ne m'avait pas convaincue, il ne s'agissait pas non plus d'un naufrage complet. Il était tout à fait possible que cela me plaise.

Hélas ! Dans mon enthousiasme débordant, j'ai négligé un élément essentiel : il ne se passe rien dans la vie d'un enfant de huit ans.

"Mémoires d'un petit garçon" date de 1864, et d'après la liste de ses ouvrages, Madame Gouraud était au bout du bout de l'inspiration. Elle avait déjà écrit "Mémoires d'une poupée", "Suite des Mémoires d'une poupée", "Mémoires d'une petite fille", et "Mémoires d'un caniche", entre autres. Si elle avait dû poursuivre, nous aurions peut-être pu découvrir "Mémoires d'une théière" ou "Mémoires d'un traversin". Estimons-nous heureux.

Ceci dit, elle semblait satisfaite de son boulot, puisque le livre s'ouvre sur l'autopromo qui était d'usage à l'époque : 

 

-Regarde donc le livre que maman vient de me donner : Mémoires d'une petite fille ! [...] moi, je suis fière qu'une petite fille ait écrit ses mémoires. Que ce doit être intéressant, Henri ! [p.3]

 

Henri est un petit garçon banal. Si encore il nous régalait avec des bêtises à la mesure de celles de Sophie de Réan dans ses Malheurs... Oh, il est bien un peu paresseux, au départ, mais la menace de le placer en apprentissage chez un tapissier, couplée à l'influence aimante de sa soeur et de sa mère, suffit à le remettre dans le droit chemin. 

Voilà, c'est tout. Une fois, il a eu la rougeole, c'était vraiment pas drôle. Il ne voulait pas apprendre l'anglais, et puis finalement si, et il s'est fait un copain anglais. Un jour, il a suivi son cousin qui lui-même suivait un chien, et il le regrette car il a eu très peur de se perdre.

Comme le veut l'époque, on parsème un peu le tout de bonnes actions (on file ses frusques aux pauvres, on visite la maison des aveugles, on aide un brave ouvrier sans le sou... ). Emballé, c'est pesé ! Voilà un roman jeunesse tout beau, tout chaud, et parfaitement insipide.

Julie Gouraud utilise le même procédé que dans "Les enfants de la ferme" pour inclure un peu de science à destination de nos chères têtes blondes : cette fois, Henri prend le temps de nous expliquer tout ce qu'il sait sur les fourmis, et de faire un petit tour à Londres. J'ai pu découvrir avec étonnement que les français semblaient détester la reine Elisabeth.

 

[En visite à la Tour de Londres] Papa et M. Anderson ont beaucoup causé. Ils se sont un peu querellés; je ne sais plus pourquoi... si, si, je m'en souviens. C'est à cause d'une méchante reine, la reine Elisabeth. Je l'ai vue : elle est à cheval au milieu d'une chambre remplie de toutes sortes d'instruments, de machines avec lesquelles on a tourmenté et fait mourir par son ordre beaucoup de monde. Oh ! la méchante reine ! Je la déteste ! [p.275]

 

Si vous avez des informations, je suis preneuse !

"Mémoires d'un petit garçon" tente donc de nous intéresser au quotidien sans relief d'un enfant sans saveur, le tout sans aucun style ou presque.  J'ai bien du mal à lui trouver un intérêt autre que documentaire...

Mais si vous l'avez lu, peut-être êtes-vous d'un autre avis ?