lilas

Pour les gens très jeunes qui l'ignoreraient, il me paraît important de préciser que "la capote" est ici un chapeau, bien sûr. Sans quoi il se serait agi d'un tout autre genre de roman. Vous pouvez tout de même faire des blagues graveleuses dans vos têtes, si vous le souhaitez, et si vous ne craignez pas que l'auteur vienne vous hanter pour lui manquer ainsi de respect.

Après tout, Samuel Rutherford Crockett (1859-1914) était au départ un homme d'église. A priori, pas un rigolo. Peut-être même qu'il était un peu susceptible ? Vous faites ce que vous voulez, moi, je m'en lave les mains.

Samuel nous vient d'Ecosse, mais n'a rien du highlander en kilt. Rangez vos rêves de Jamie Fraser, lecteurs d'Outlander, ce n'est pas la même came. Il nous vient d'ailleurs des Lowlands, du côté de Galloway.

 

samouche

"Laisse-moi te parler d'amour, bébé"

 

Samuel laissa tomber la prêtrise pour l'écriture, et avec un rythme de publication soutenu et des récits sentimentaux ayant pour cadre la campagne écossaise, connut un joli succès. Aujourd'hui, tout le monde ou presque l'a oublié, le pauvre. Cet article de la BBC offre quelques pistes de réflexion intéressantes, si ça vous intéresse.

"ET LA CAPOTE, ALORS ?" vous dites-vous ! Oui, n'oublions pas la capote. C'est important.

La capote, c'est celle de la jeune et belle Winnifred Charteris. Honnête, travailleuse, aimante, dévouée à ses grands-parents, Winnie se ballade à Craig Ronald avec un panneau clignotant "Fille à marier" au-dessus de la tête. Quand le jeune et très sérieux étudiant en théologie Ralph Peden arrive, il ne lui faut pas très longtemps pour succomber à son charme, et reconsidérer la place qu'il attribuait à la femme dans la Création.

Il est fasciné par sa capote.

Le reste n'a rien de bien original : amour, épreuves, révélation surprenante, épreuves, happy end. C'est mignon, c'est gentil, c'est frais. L'auteur n'en pense pas moins d'ailleurs, et la saveur du récit trouve principalement sa source dans son ton gentiment moqueur. Il n'hésite pas à ironiser sur les sentiments un peu niais de nos protagonistes, sur leurs comportements prévisibles et leurs jeux de séduction maladroits.

Notons que malgré son métier précédent, S. R. Crockett ne nous assomme pas de traités théologiques ou de sentences religieuses. Certes, le jeune Pelden est un futur pasteur plongé dans l'étude des textes saints, mais ses préoccupations en sont bien loin. Aucune évangélisation forcée à l'horizon !

Je n'ai pas été particulièrement charmée par la campagne écossaise telle que décrite dans "La capote lilas". Cela reste une simple toile de fond : l'auteur n'en fait pas des masses. Personne ne pourra l'accuser de bosser pour l'office du tourisme écossais.

Un récit agréable et sans surprise, qui se parcourt sans passion mais sans ennui. Est-ce que pour autant ce pauvre Samuel méritait de sombrer dans l'oubli ? A vous de trancher, si par hasard vous tombez sur un de ses nombreux romans...

Mais n'hésitez pas, à l'occasion, à avoir une pensée pour lui.

N'oubliez jamais la capote.