Ce que j'en lis

04 août 2017

Mémoires d'un petit garçon, Julie Gouraud

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"Sur la suggestion de sa soeur Marguerite, Henri, petit garçon de huit ans, entreprend d'écrire ses mémoires."

 

Quelle bonne idée, ces fausses mémoires d'un enfant de huit ans ! Comme le résultat pouvait être intéressant et décalé ! Ah, j'étais emballée. Même si le livre précédent de l'auteur ne m'avait pas convaincue, il ne s'agissait pas non plus d'un naufrage complet. Il était tout à fait possible que cela me plaise.

Hélas ! Dans mon enthousiasme débordant, j'ai négligé un élément essentiel : il ne se passe rien dans la vie d'un enfant de huit ans.

"Mémoires d'un petit garçon" date de 1864, et d'après la liste de ses ouvrages, Madame Gouraud était au bout du bout de l'inspiration. Elle avait déjà écrit "Mémoires d'une poupée", "Suite des Mémoires d'une poupée", "Mémoires d'une petite fille", et "Mémoires d'un caniche", entre autres. Si elle avait dû poursuivre, nous aurions peut-être pu découvrir "Mémoires d'une théière" ou "Mémoires d'un traversin". Estimons-nous heureux.

Ceci dit, elle semblait satisfaite de son boulot, puisque le livre s'ouvre sur l'autopromo qui était d'usage à l'époque : 

 

-Regarde donc le livre que maman vient de me donner : Mémoires d'une petite fille ! [...] moi, je suis fière qu'une petite fille ait écrit ses mémoires. Que ce doit être intéressant, Henri ! [p.3]

 

Henri est un petit garçon banal. Si encore il nous régalait avec des bêtises à la mesure de celles de Sophie de Réan dans ses Malheurs... Oh, il est bien un peu paresseux, au départ, mais la menace de le placer en apprentissage chez un tapissier, couplée à l'influence aimante de sa soeur et de sa mère, suffit à le remettre dans le droit chemin. 

Voilà, c'est tout. Une fois, il a eu la rougeole, c'était vraiment pas drôle. Il ne voulait pas apprendre l'anglais, et puis finalement si, et il s'est fait un copain anglais. Un jour, il a suivi son cousin qui lui-même suivait un chien, et il le regrette car il a eu très peur de se perdre.

Comme le veut l'époque, on parsème un peu le tout de bonnes actions (on file ses frusques aux pauvres, on visite la maison des aveugles, on aide un brave ouvrier sans le sou... ). Emballé, c'est pesé ! Voilà un roman jeunesse tout beau, tout chaud, et parfaitement insipide.

Julie Gouraud utilise le même procédé que dans "Les enfants de la ferme" pour inclure un peu de science à destination de nos chères têtes blondes : cette fois, Henri prend le temps de nous expliquer tout ce qu'il sait sur les fourmis, et de faire un petit tour à Londres. J'ai pu découvrir avec étonnement que les français semblaient détester la reine Elisabeth.

 

[En visite à la Tour de Londres] Papa et M. Anderson ont beaucoup causé. Ils se sont un peu querellés; je ne sais plus pourquoi... si, si, je m'en souviens. C'est à cause d'une méchante reine, la reine Elisabeth. Je l'ai vue : elle est à cheval au milieu d'une chambre remplie de toutes sortes d'instruments, de machines avec lesquelles on a tourmenté et fait mourir par son ordre beaucoup de monde. Oh ! la méchante reine ! Je la déteste ! [p.275]

 

Si vous avez des informations, je suis preneuse !

"Mémoires d'un petit garçon" tente donc de nous intéresser au quotidien sans relief d'un enfant sans saveur, le tout sans aucun style ou presque.  J'ai bien du mal à lui trouver un intérêt autre que documentaire...

Mais si vous l'avez lu, peut-être êtes-vous d'un autre avis ?

 

 

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16 mai 2017

Je voulais juste vivre, Yeonmi Park

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"Yeonmi a 13 ans, sa courte vie est déjà marquée par le désespoir. Elle n’a qu’une solution : fuir son pays, la Corée du Nord. Elle ne se doute pas que le chemin vers la liberté va l’entraîner en enfer…

Après des années de privations et de harcèlement, par une nuit glaciale, Yeonmi, 13 ans, et sa mère, réussissent à traverser le fleuve Yalu qui marque la frontière entre la Corée du Nord et la Chine. Elles laissent derrière elles leur pays natal et ses horreurs : la faim, la délation constante et surtout une répression impitoyable et le risque permanent d’être exécutées pour la moindre infraction. Mais leur joie n’est que de courte durée. Rien ne les a préparées à ce qui les attend entre les mains des passeurs. Après plusieurs années d’épreuves inhumaines et un périple à travers la Chine et la Mongolie, Yeonmi atteint finalement la Corée du Sud.

À 22 ans, Yeonmi est désormais une combattante : c’est l’une des plus influentes dissidentes nord-coréennes et une activiste reconnue des droits de l’homme."

Voilà un titre qui me faisait très envie depuis que j'étais tombée sur la très célèbre intervention de son auteur pour One Young World, qui a beaucoup tourné sur les réseaux sociaux :

 


A la base, tout ce que je sais de la Corée du Nord, c'est qu'il s'agit d'une dictature avec un leader taré portant une coupe de cheveux improbable. Et que ça fait des mêmes très drôles sur internet (du moins quand on a un humour aussi pourri que le mien). Ca ne fait pas bien lourd : j'avais donc tout à découvrir.

Avec une immense pudeur, Yeonmi Park revient sur son parcours atroce. Rien ne lui a été épargné. La famine, la mort, les abus et humiliations... C'est admirable qu'un être humain puisse se relever d'une existence pareille.

On découvre avec horreur l'ampleur du lavage de cerveau subi par la population. Le moindre acte est pensé pour le chef suprême. Lui seul est digne d'être aimé, adoré. Il voit tout, entend tout, lit dans vos pensées. Chaque tâche doit veiller à préserver l'intérêt de la nation. Et tant pis si les discours du régime sont en contradiction avec leur quotidien... Yeonmi Park revient d'ailleurs sur "1984" d'Orwell, et la façon dont elle a retrouvé la société nord-coréenne dans ce système de doublepensée.

L'individualité est à ce point méprisée qu'en arrivant en Corée du Sud, l'auteur se retrouvera démunie devant une question aussi simple que "Quelle est ta couleur préférée ?".

"En Corée du Nord, on nous apprend à tout mémoriser, et la plupart du temps il n'existe qu'une seule bonne réponse à chaque question. Alors quand elle m'a demandé quelle était ma couleur préférée, j'ai réfléchi de toutes mes forces pour trouver la "bonne" réponse. Je n'avais jamais appris à utiliser la partie critique de mon cerveau, celle qui émet les jugements raisonnés sur pourquoi telle chose semble meilleure que telle autre." (p.305)

La distance ressentie dans l'écriture m'a déroutée à priori. Le récit est très factuel, et ne cherche en aucun cas à attirer les larmes ou la pitié. Cette absence de pathos, tout à son honneur, m'a toutefois donné un peu de fil à retordre. J'avais du mal à m'impliquer dans le récit, comme si je lisais un article de presse plutôt qu'un témoignage. Cette impression s'est vite dissipée, et une fois habituée à cette réserve, j'ai dévoré le livre en quelques heures seulement.

A l'heure où la Corée du Nord fait encore les gros titres de l'actualité, "Je voulais juste vivre" paraît être une lecture indispensable pour découvrir les souffrances du peuple derrière les obsessions nucléaires et la mégalomanie de son dirigeant. L'auteur se met à nu pour nous permettre de mieux comprendre à quel point on peut être brisé par un système dictatorial.  Un récit auquel il est impossible de rester indifférent... et dont on sort glacé en réalisant que c'est ce qui se passe maintenant, sous nos yeux. 

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11 avril 2017

Americanah, Chimamanda Ngozi Adichie

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«En descendant de l’avion à Lagos, j’ai eu l’impression d’avoir cessé d’être noire.»

Ifemelu quitte le Nigeria pour aller faire ses études à Philadelphie. Jeune et inexpérimentée, elle laisse derrière elle son grand amour, Obinze, éternel admirateur de l’Amérique qui compte bien la rejoindre.
Mais comment rester soi lorsqu’on change de continent, lorsque soudainement la couleur de votre peau prend un sens et une importance que vous ne lui aviez jamais donnés?
Pendant quinze ans, Ifemelu tentera de trouver sa place aux États-Unis, un pays profondément marqué par le racisme et la discrimination. De défaites en réussites, elle trace son chemin, pour finir par revenir sur ses pas, jusque chez elle, au Nigeria.

 

Voilà un bouquin incroyablement dense et riche, qui fera (ou a déjà fait ?) certainement l'objet d'études et de thèses ! Cependant, malgré la complexité du sujet et la profondeur de sa réflexion, "Americanah" est un pavé très agréable à lire. L'humour du personnage principal et sa capacité d'autodérision l'explique en partie.

La construction du roman intrigue dès le départ : Ifemelu décide de quitter Philadelphie pour revenir au Nigeria. Pourquoi, alors qu'on peut naïvement penser que les Etats-Unis constituent le Graal ? Elle revient alors sur son histoire, son enfance au pays, son exode américain et ses nombreuses remises en question.

La question de l'identité et des racines est au coeur du roman. Comment se rester fidèle quand tout change autour de soi ? Comment s'adapter sans se renier ? En Angleterre, Emenike a épousé une britannique et a adopté son univers, émerveillé d'avoir réussi à atteindre ce dont il rêvait, au point d'être méconnaissable pour ses amis. Aux Etats-Unis, Dike, fils de nigériane, peine à trouver sa place et développe une admiration naïve pour un pays qu'il n'a jamais vu. Ifemelu sera tentée d'abandonner son accent pour être mieux acceptée. Les associations étudiantes reflètent ce même déchirement :


[Lors d'une réunion de l'Association des étudiants africains] "Notez qu'en général les Afro-Américains adhèrent au Syndicat des étudiants noirs, et les Africains à l'Association des étudiants africains. Les deux se recoupent parfois, mais pas beaucoup. Les Africains qui sont membres du SEN manquent d'assurance et vous disent presque aussitôt : "Je suis au départ originaire du Kenya" même si le Kenya déboule à la minute où ils ouvrent la bouche. Les Afro-Américains qui viennent à nos réunions écrivent des poèmes à notre mère l'Afrique et pensent que chaque Africaine est une reine de Nubie. " (p. 212-213)

Aborder la question du racisme aux Etats-Unis et en Angleterre du point de vue d'une africaine est incroyablement intéressant. Ifemelu nous dresse un état des lieux sans jugement de la situation. N'étant pas afro-américaine, son regard reste extérieur, dénué de passion, alors que sa couleur de peau l'implique.

L'histoire ne s'arrête cependant pas au retour au pays. Les Etats-Unis ont définitivement changé Ifemelu, l'ont fait réfléchir et grandir. Elle n'est plus tout à fait la même. Avec d'autres "retours au pays", elle assiste aux réunions du Nigerpolitan Club où l'on partage ses impressions nouvelles sur le Nigeria et où l'on fait l'inventaire des choses qu'on regrette de l'Amérique. Plus seulement Nigérians, pas vraiment Américains...

La vision caricaturale de l'Afrique par les occidentaux pousse également à la réflexion. Que ce soit par certains Afro-Américains, comme vu plus haut, qui l'idéalisent, ou pour certains Blancs bien intentionnés qui s'impliquent dans des associations et plaignent les immigrés qui fuient la misère et la guerre... Comme le déclare Obinze:

"Ils ne comprenaient pas que des gens comme lui, qui avaient été bien nourris, n'avaient pas manqué d'eau, mais étaient englués dans l'insatisfaction, conditionnés depuis leur enfance à regarder ailleurs, éternellement convaincus que la vie véritable se déroulait dans cet ailleurs, étaient aujourd'hui prêts à commettre des actes dangereux, des actes illégaux, pour pouvoir partir, bien qu'aucun d'eux ne meure de faim, n'ait été violé, ou ne fuie des villages incendiés, simplement avide d'avoir le choix, avide de certitude." (p. 409)

 

Ce qu'il en ressort, c'est que ce n'est ni mieux, ni pire : c'est différent. Toute comparaison est inutile. Il faut arrêter de juger la vie des autres à l'aune de nos habitudes.

Je n'ai lu que trop peu de romans sur la condition noire et le racisme. Les plus marquants étaient ceux de Toni Morrison, et je termine "Americanah" avec la même impression : il faut laisser la parole à ceux qui vivent ces souffrances, admettre que l'on ne sait rien et qu'on ne comprendra jamais ce qu'ils vivent, et les écouter. Tout comme le plus féministe des hommes ne pourra jamais pleinement appréhender le sexisme auquel est confronté une femme, le Blanc le mieux intentionné du monde ne pourra jamais se substituer au discours d'un Noir.*

Formidable et indispensable réflexion, ce récit initiatique offre au lecteur un enrichissement remarquable. Je m'en souviendrai longtemps.



*Vous noterez que même après avoir lu ce beau pavé sur la question, je reste incroyablement mal à l'aise quand il s'agit de sélectionner les termes "Noir / Black / de couleur", parce que franchement je ne sais plus ce qu'il faut dire.

 

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31 mars 2017

Le garçon en pyjama rayé, John Boyne

 

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"Vous ne trouverez pas ici le résumé de ce livre car il est important de le découvrir sans savoir de quoi il parle. On dira simplement qu'il s'agit de l'histoire du jeune Bruno que sa curiosité va mener à une rencontre de l'autre côté d'une étrange barrière. Une de ces barrières qui séparent les hommes et qui ne devraient pas exister."

 

Je joue ma blasée, je lève les yeux au ciel, et je soupire "Ouaaiiis, bon, les récits de seconde guerre mondiale, t'sais, pfff, c'est bon quoi, c'est pas trop ma came". Ce qui est entièrement vrai. Je ne vais pas me tourner naturellement vers un des très nombreux romans qui se déroulent à cette époque.

Pourtant, je me fais encore surprendre. Parfois, c'est par des ressorts insoupçonnés dans l'horreur, comme dans le très bon "Kinderzimmer" de Valentine Goby.

Parfois, c'est par le tact et l'infinie pudeur d'une histoire.

En nous plaçant à la hauteur d'un petit garçon de neuf ans, John Boyne réussit à la fois à parler à son lecteur enfant, en lui permettant d'aborder avec délicatesse le thème de l'Holocauste ; mais il touche aussi infiniment le lecteur adulte en lui rendant ce regard neuf, qui met en évidence l'absurdité de ce déchaînement de violence. Bien que livre jeunesse, il n'est absolument pas à réserver aux enfants ! C'est même, je crois, une merveilleuse occasion de lire en duo.

Bruno ne comprend rien à ce qui se passe. Il déménage d'une super maison à cinq étages à Berlin à une maison qui n'en a que trois, à Hoche-Vite qui est un endroit très nul. Tout ça parce que le Fourreur l'a ordonné à son père, un commandant qui a un chouette brassard "rouge avec un dessin noir et blanc". Ses parents ne lui expliquent pas tout. Après tout, ce n'est qu'un enfant ! Les conflits familiaux restent tabous, et il doit tirer ses propres conclusions des étranges déclarations de sa grand-mère, des éclats de voix lors d'un repas, ou des allées et venues des soldats.

Le lecteur se retrouve donc soumis aux interprétations du petit garçon, souvent fantaisistes, qui cherche simplement à donner du sens au monde qui l'entoure, au comportement déroutant des adultes, et à ces gens là-bas, en pyjamas rayés, qui ont tellement de chance d'être à plusieurs pour jouer alors que Bruno s'ennuie tout seul. Son innocence se teinte inconsciemment de cruauté parfois, et certaines de ses interventions serrent le coeur.

La fin, glaçante, vient clore magnifiquement le récit tout en invitant à la vigilance.

Une évocation pleine de délicatesse de l'absurdité de la guerre et des camps de concentration, à mettre entre toutes les mains.

 

 

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27 mars 2017

La porte, Magda Szabo

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" La Porte " est l'histoire d'une confession, terrible et douloureuse. Magda Szabo retrace patiemment sa relation avec Emerence Szeredas, une vieille femme rude et silencieuse originaire de la même province qu'elle, dont le comportement varie selon un nombre incalculable de clés et qui fut sa femme de ménage pendant une vingtaine d'années. Une aide d'une force de travail et d'une énergie au caractère surhumain, ne ménageant ni ses efforts, ni sa peine. Si le mari de Magda et Emerence se supportent aisément et éprouvent l'un pour l'autre une sympathie mutuelle, les rapports de Magda et de sa femme de ménage restent tendus et imprévisibles. Il est vrai qu'Emerence n'aime pas n'importe comment. De leur rencontre à la mort d'Emerence, dont elle s'accuse d'avoir été la principale responsable, la romancière hongroise reconstitue la vie de cette personnalité peu ordinaire, de ses terreurs et de ses nombreuses bizarreries. Malgré le fossé culturel et social qui les sépare, Magda sera la seule à recueillir les confidences d'Emerence et à découvrir son secret. Malgré leurs difficultés à se comprendre, elle sera la seule à passer la porte de sa maison, interdite à tous. Elle seule la trahira, persuadée en toute bonne foi d'agir pour son seul bien, comprenant bien trop tard que la vieille femme l'aimait comme sa propre fille. Récit autobiographique bouleversant, " La Porte " est à ce jour le roman le plus emblématique de l'œuvre de Magda Szabo, dont la notoriété ne cesse à juste titre de grandir

 

Je sors d'une période d'excellentes lectures. Il y a des moments comme ça, où chaque livre entre nos mains semble être un page turner, où les pages et les histoires s'enchaînent sans qu'on puisse jamais rassasier sa faim et son émerveillement. Et puis on tombe sur quelque chose d'un peu moins digeste ou d'un peu plus exigeant, et on freine net.

"La porte" est nettement moins accessible que mes dernières lectures. Ce n'est pas vraiment une question de vocabulaire ni de style, plutôt de rythme. Il demande une attention plus soutenue. Le livre se concentre exclusivement sur le personnage d'Emerence. L'auteur cherche à rendre justice, presque avec désespoir, à la complexité du caractère de la vieille femme, et réunit les maigres éléments biographiques qu'elle possède pour retracer sa vie et tenter de la comprendre. La narratrice et son mari ne sont qu'esquissés : on ne sait rien d'eux ou presque. Ils ne comptent pas. Seules leurs interactions avec Emerence ont du sens. Les dialogues sont retracés, et leurs effets longuement analysés : "j'ai répondu ça, mais j'aurais dû répondre ceci, parce que derrière les apparences elle voulait me dire ça mais je ne l'ai compris que plus tard".

Autant le dire tout de suite : je me suis ennuyée. C'est très beau, certainement bien écrit, le fond est intéressant. Cela soulève des questions sur la dignité humaine, la vieillesse, la mort. La relation entre la narratrice et Emerence sonne juste, entre maladresses et malentendus, avec pourtant cet amour partagé, presque incompréhensible.

Je me suis ennnuyée quand même. Je n'ai jamais réussi à partager cette fascination pour la mystérieuse femme de ménage, et les hypothèses sur sa vie et son caractère m'ont laissée indifférente. Je ne me suis pas attachée aux personnages. Je n'ai jamais trouvé le moyen d'accéder au coeur de ce roman : il s'est déroulé sans moi. J'aurais aimé pouvoir m'identifier à la narratrice pour adopter ses questionnements, mais elle manquait de chair. 

Je suis volontiers prête à croire le bandeau publicitaire qui parle de chef d'oeuvre, malheureusement je suis passée à côté. Vous aurez peut-être plus de chance !


Merci de noter que je n'ai fait aucun jeu de mots vaseux à base de "porte", "restée sur le seuil", "clé du roman" ou autre, ça a été une lutte de tous les instants.

 

 

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23 mars 2017

La lettre qui allait changer le destin d’Harold Fry arriva le mardi, Rachel Joyce

 

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"Jeune retraité à la vie bien rangée, malmené par une épouse exaspérée par le moindre de ses gestes, Harold Fry reçoit un matin une lettre de Queenie, une vieille amie perdue de vue qui lui annonce sa mort prochaine. Une lettre à laquelle Harold s’empresse de répondre mais qu'il ne postera jamais. Mû par l'intuition qu’il doit remettre cette lettre en main propre à son amie et que, tant qu’il marchera, elle vivra, sans boussole ni carte, sans téléphone ni chaussures de marche, Harold entame une traversée de près de 1 000 km à travers l'Angleterre.
L’occasion pour lui de réfléchir sur sa vie : son enfance douloureuse entre un père alcoolique et une mère absente, sa relation avec sa femme, Maureen, et leur première rencontre, ses rendez-vous manqués avec son fils David, sa vie professionnelle ratée, l’alcool, Queenie... Le destin d’un homme ordinaire prêt à traverser à pied un pays tout entier sur la seule certitude qu’il peut par ce geste sauver son amie."

 

Commençons par une réflexion.

En anglais : The Unlikely Pilgrimage of Harold Fry, soit « Le pèlerinage improbable d’Harold Fry »

Allemand : Die unwahrscheinliche Pilgerreise des Harold Fry
Espagnol : El insólito peregrinaje de Harold Fry
Portugais : A Improvável Jornada de Harold Fry
Néerlandais : De onwaarschijnlijke reis van Harold Fry
Tchèque : Nepravděpodobná pouť Harolda Frye

En français : "La lettre qui allait changer le destin d’Harold Fry arriva le mardi…"

Je me demande à quel moment la francophonie a basculé du côté du "Bah, fous-y plein de mots, plus c'est long plus c'est bon !"

Mais soit ! Oublions le titre, on ne va pas risquer un ulcère pour si peu.

 

"La lettre qui allait bla bla bla" est un vrai roman feel-good, un de ceux qu'on parcourt le sourire aux lèvres, ravi de la douceur du voyage, des bouffées d'espoir, et de l'optimisme ambiant. Quelques descriptions du paysage suffisent à nous donner l'impression de marcher aux côtés d'Harold, dans un fossé en bord de route, heureux de pouvoir s'arrêter pour observer une fleur et la chercher dans un petit guide, se perdre dans le trajet des nuages... Le début du roman a un côté école buissonnière. Nous voilà libres, enfin ! Sans bien réaliser encore ce qui nous attend, on se lance avec l'inconscience d'Harold, sur un coup de tête.

Evidemment, s'il ne s'agissait que d'une longue balade au soleil, tout ça serait chiant comme la pluie. D'abord, mille kilomètres à pied, ça use les souliers. Physiquement, c'est pas jojo, surtout à l'âge d'Harold. Et puis de temps en temps, on se sent très con. Les gens vous prennent pour un illuminé. On a froid, faim. La réalité et les doutes nous rattrapent.

Mais Harold avance, et le lecteur avec lui. Au fil de ses rencontres, il revient sur son passé, et semble à la fois découvrir le monde, et se découvrir lui-même. Comme s'il s'était oublié depuis très longtemps. Comme le dit ce très joli passage au début du roman:

 

Il prit conscience que c'était Maureen qui parlait à David et lui donnait des nouvelles. C'était Maureen qui avait toujours signé "Dad" à sa place sur les lettres et les cartes postales. C'était même Maureen qui avait trouvé la maison de retraite pour son père à lui. Ce qui lui conduisit à s'interroger en poussant le bouton, pour la traversée des piétons : "Si, dans les faits, elle est Harold, qui suis-je, moi ?" (p. 24)

 

Pour la première fois seul face à lui-même, Harold dépoussière sa mémoire. Il revient à l'essentiel, se dépouillant davantage à mesure de sa progression. Les récits des inconnus qu'il croise, tous touchants à leur manière, nourrissent sa réflexion. L'homme est d'ailleurs fondamentalement bon et prêt à aider son prochain : même quand il agit mal, ses motivations le rendent compréhensible.

J'ai été très touchée par le message de ce roman. Il n'est jamais trop tard pour accomplir quelque chose, pour se remettre en question, pour retrouver les siens ou pour se retrouver tout court. Rien n'est jamais perdu, pour peu qu'on se donne la peine. Et même les aventures les plus vaines mènent quelque part...

J'attends avec impatience de découvrir la suite, "La lettre de Queenie", pour avoir son point de vue sur cette affaire. Beaucoup de choses restent en suspens, et je suis curieuse d'en apprendre plus sur les liens qui les unissent !


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14 mars 2017

Je me suis tue, Mathieu Menegaux

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"Un dîner en ville. Au menu, nourriture bio, affaires et éducation des enfants. Claire s'ennuie et décide de rentrer seule à vélo. Elle ne le sait pas encore mais sa vie vient de basculer. Tour à tour victime puis criminelle, Claire échoue en prison et refuse obstinément de s'expliquer. À la veille de son jugement, elle se décide enfin à sortir de son mutisme…"

 

Je suis une femme faible et influençable, et s'il y a bien un roman sur lequel tout le monde semble s'être accordé, c'est "Je me suis tue". "Livre coup de poing", "pure réussite", "une merveille"... Renversée par cette avalanche d'éloges, j'ai fini par m'y plonger à mon tour.

Nous ne savons rien, au début, du crime pour lequel Claire est incarcérée. A la page 27, cependant, j'ai eu une fulgurance. J'avais une théorie ! Il ne restait plus qu'à dérouler le récit, afin de vérifier où je m'étais plantée.

Je ne m'étais pas plantée.

Mertalors.

Généralement, je suis pourtant exécrable à ce petit jeu-là ! Manque de bol (ou petite victoire ?), cette fois, j'avais vu juste. Dans beaucoup d'autres romans, cela suffirait à tout gâcher. J'aurais grogné, refermé le livre avec une moue boudeuse et un haussement d'épaules en marmonnant des choses désagréables comme "cousu de fil blanc", voire quelques insultes (je suis une personne extrêmement mesquine quand je suis contrariée). 

Or, ce ne fut pas le cas. Peu importe, au fond, que l'on ait deviné ce qu'a fait Claire et ce qui va se passer. Ce n'est pas tant le "quoi" qui importe, mais l'extraordinaire subtilité du "pourquoi". La finesse de l'analyse psychologique de ce personnage est tout simplement bluffante. On se retrouve à comprendre, voire approuver, les actions pourtant insensées ou simplement maladroites de Claire. Tout est logique. Tout coule de source. Comme si l'auteur nous prenait par la main pour nous faire foncer droit dans le mur volontairement, le pied sur l'accélérateur. La citation extraite de l'Antigone d'Anouilh, en épigraphe*, prend tout son sens : nous avons affaire à une vraie tragédie. "Et il n'y a plus rien à tenter, enfin !".

J'ai pris un plaisir infini à lire ce roman d'une traite. Il ne sombre pas dans le pathos, ne s'appesantit pas sur les moments les plus difficiles ou glauques... Imperturbable et digne, Claire se raconte, assise au bord du vide, là où tout est déjà joué.

Je ne vais donc pas avoir l'occasion de faire ma rebelle en grimaçant que "Je me suis tue" est surcôté, over-hypé, et que vraiment, cet effet de masse, c'est d'une tristesse, roh la la... Mathieu Menegaux mérite sans aucun doute cette déferlante de compliments. J'ajoute volontiers les miens en haut de la pile !

Sans originalité aucune, je vous conseille donc de foncer sur ce bouquin et de vous laisser emporter à votre tour. Ce n'est pas tous les jours qu'on a l'occasion de descendre aux enfers en se disant à chaque marche que c'est une excellente idée...



*Frappe des mains si toi non plus, tu ne savais pas avant cette chronique qu'une citation en début de bouquin, ça s'appelle une épigraphe.

 

 

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20 février 2017

Les cendres d'Angela, Frank McCourt

angela

 

"Franck Mc court est né à Brooklyn en pleine Dépression, de parents irlandais récemment immigrés : sa mère, Angela,vient du Sud, et son farouche patriote de père, Malachy, du Nord. Leur première rencontre, un "tremblé de genoux ", annonce une longue série de grossesses pour Angela. Mais il n'y a pas d'argent pour nourrir les enfants, et les rares fois où Malachy travaille, il boit son salaire aussitôt après.
Quand meurt la petite soeur de Franck, Angela et Malachy, accablés de chagrin, décident de retourner en Irlande. Mais les ruelles crasseuses et humides de Limerick font rétrospectivement paraître Brooklyn comme une sorte de paradis. avec des pièces de pneus de bicyclette clouées à ses chaussures en guise de semelles, une tête de cochon pour le repas de Noël et du charbon ramassé sur le bas-côté des routes pour allumer le feu du foyer, Franck supporte la plus misérable des enfances _ mais survit pour raconter son histoire avec exhubérance et, chose remarquable, sans la moindre rancune."

 

Niveau grosse ambiance, "Les cendres d'Angela" se pose là. Découvrir l'histoire de l'enfance de Frank McCourt dans ce Limerick au ciel plombé, l'écouter parler de la faim, de la vermine et du froid ne peut pas laisser indifférent. Mais ce récit n'aurait été qu'une histoire misérabiliste de plus, destinée à faire pleurer dans les chaumières, si elle n'avait pas été rédigée avec ce ton à la fois innocent et plein d'humour.

Car bien qu'il s'agisse d'une autobiographie, ce n'est pas le vieux Frank qui nous parle, au crépuscule de sa vie, pour pérorer sur les difficultés de sa jeunesse, mais le petit Frank de l'époque qui partage avec nous le regard qu'il porte sur ce quotidien. La pauvreté est la toile de fond de sa vie : il n'y a pas à s'indigner sur son injustice, juste à se débrouiller pour survivre. Tout se mêle dans son esprit d'enfant, à des degrés divers d'importance : les morts, le cinéma, les caramels, la menace de la damnation, la maraude de pommes... L'auteur a réussi à dépeindre avec un réalisme saisissant les réflexions du petit garçon qu'il était. C'est ce ton qui permet de traverser la lourdeur de l'histoire sans s'y engluer.

Si ç'avait été un roman, on aurait accusé l'auteur de forcer le trait. Quand, en comparaison, Rémi sans famille a l'air d'être un gros veinard, c'est qu'on est vraiment tout au fond du gouffre. Mais d'une part, Vitalis ne picolait pas tout son pognon, d'autre part, Rémi finissait toujours par tomber sur des gens bienveillants (même s'il leur portait la poisse). Dans mon souvenir, les curés ne le poursuivaient pas non plus en lui parlant d'enfer, mais je suppose qu'en tant qu'artiste de rue, il était de toute façon foutu.

 

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Sur la jauge Remi, on est donc en-dessous.

 

Frank McCourt nous livre un témoignage plein d'intelligence et de bienveillance. Le mépris pour l'alcoolisme du père n'efface pas l'amour qu'il lui porte. Même quand il aura définitivement déchanté sur le secours que Malachy aurait pu représenter, il conservera cette tendresse pour son papa, ses histoires irlandaises et ses obsessions. La pinte de Guinness est profondément ancrée dans la culture, et l'homme qui ne boit pas en devient presque suspect. Mais les hommes qui boivent trop sont nombreux... Et leurs femmes se retrouvent obligées de compter sur la charité pour ne pas que leurs enfants crèvent de froid et de faim. Souvent en cachette, pour tenter d'éviter le déshonneur complet et maintenir les apparences.

L'honnêteté de Frank McCourt va jusqu'à nous dresser un portrait sans compromis de l'enfant qu'il était. Ses absurdités, ses petites lâchetés et ses erreurs ne nous permettent pas de le sanctifier comme innocente victime d'une époque cruelle. Il décrit la honte profonde qu'il ressent en voyant sa mère mendier, et la gifle qu'il ira jusqu'à lui donner, indifférent aux sacrifices qu'elle a pu accomplir pour nourrir seule sa famille. C'est un enfant parmi d'autres, qui fait de son mieux pour avancer. Certainement pas un héros.

La religion en prend pour son grade. Son omniprésence ne laisse que peu de marge aux hommes, et le chemin pour échapper à l'enfer semble bien savonneux, tant les péchés sont légion ! En gros, l'idéal, ce serait de mourir en martyr, mais tout le monde n'a pas cette chance. On se contente de naviguer de confession en confession, entre deux états de damnation. Pas de place pour les plaintes : la souffrance doit être offerte à Jésus !

"Les cendres d'Angela" parvient à dépasser le simple témoignage de la misère pour nous offrir un portrait parfois grinçant et souvent drôle de l'enfance d'un petit irlandais durant ces années noires. Une très belle lecture, enrichissante et pleine d'espoir.

 

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09 février 2017

La capote lilas, Samuel Rutherford Crockett

lilas

Pour les gens très jeunes qui l'ignoreraient, il me paraît important de préciser que "la capote" est ici un chapeau, bien sûr. Sans quoi il se serait agi d'un tout autre genre de roman. Vous pouvez tout de même faire des blagues graveleuses dans vos têtes, si vous le souhaitez, et si vous ne craignez pas que l'auteur vienne vous hanter pour lui manquer ainsi de respect.

Après tout, Samuel Rutherford Crockett (1859-1914) était au départ un homme d'église. A priori, pas un rigolo. Peut-être même qu'il était un peu susceptible ? Vous faites ce que vous voulez, moi, je m'en lave les mains.

Samuel nous vient d'Ecosse, mais n'a rien du highlander en kilt. Rangez vos rêves de Jamie Fraser, lecteurs d'Outlander, ce n'est pas la même came. Il nous vient d'ailleurs des Lowlands, du côté de Galloway.

 

samouche

"Laisse-moi te parler d'amour, bébé"

 

Samuel laissa tomber la prêtrise pour l'écriture, et avec un rythme de publication soutenu et des récits sentimentaux ayant pour cadre la campagne écossaise, connut un joli succès. Aujourd'hui, tout le monde ou presque l'a oublié, le pauvre. Cet article de la BBC offre quelques pistes de réflexion intéressantes, si ça vous intéresse.

"ET LA CAPOTE, ALORS ?" vous dites-vous ! Oui, n'oublions pas la capote. C'est important.

La capote, c'est celle de la jeune et belle Winnifred Charteris. Honnête, travailleuse, aimante, dévouée à ses grands-parents, Winnie se ballade à Craig Ronald avec un panneau clignotant "Fille à marier" au-dessus de la tête. Quand le jeune et très sérieux étudiant en théologie Ralph Peden arrive, il ne lui faut pas très longtemps pour succomber à son charme, et reconsidérer la place qu'il attribuait à la femme dans la Création.

Il est fasciné par sa capote.

Le reste n'a rien de bien original : amour, épreuves, révélation surprenante, épreuves, happy end. C'est mignon, c'est gentil, c'est frais. L'auteur n'en pense pas moins d'ailleurs, et la saveur du récit trouve principalement sa source dans son ton gentiment moqueur. Il n'hésite pas à ironiser sur les sentiments un peu niais de nos protagonistes, sur leurs comportements prévisibles et leurs jeux de séduction maladroits.

Notons que malgré son métier précédent, S. R. Crockett ne nous assomme pas de traités théologiques ou de sentences religieuses. Certes, le jeune Pelden est un futur pasteur plongé dans l'étude des textes saints, mais ses préoccupations en sont bien loin. Aucune évangélisation forcée à l'horizon !

Je n'ai pas été particulièrement charmée par la campagne écossaise telle que décrite dans "La capote lilas". Cela reste une simple toile de fond : l'auteur n'en fait pas des masses. Personne ne pourra l'accuser de bosser pour l'office du tourisme écossais.

Un récit agréable et sans surprise, qui se parcourt sans passion mais sans ennui. Est-ce que pour autant ce pauvre Samuel méritait de sombrer dans l'oubli ? A vous de trancher, si par hasard vous tombez sur un de ses nombreux romans...

Mais n'hésitez pas, à l'occasion, à avoir une pensée pour lui.

N'oubliez jamais la capote.

 

 

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18 janvier 2017

Le temps n'est rien, Audrey Niffenegger

 

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"Je l'aime. II représente tout pour moi. Je l'ai attendu toute ma vie et à présent il est là. (J'ai du mal à m'expliquer.) Avec lui je peux contempler mon existence dans sa totalité, comme une carte, passé et futur réunis, comme un ange... [..] Tout est déjà arrivé. Tout en même temps. "

Nous avons tous déjà eu cette impression d'avoir rencontré une personne quelque part avant, ou de l'avoir connue dans une autre vie... Et si c'était dans un autre temps ?

Quand Henry, bibliothécaire, voit arriver Claire, une artiste séduisante, il ne peut croire à l'incroyable : ils se connaissent depuis des décennies, même s'il ne s'en souvient pas. Car Henry est atteint d'une maladie qui le propulse dans le temps. Il a rencontré Claire alors qu'elle était enfant et va sans cesse partir et revenir à des époques de leurs vies respectives...

L'histoire folle et romanesque d'un amour absolu et éternel.

 

J'aime beaucoup Doctor Who. Je ne suis pas une fan absolue, mais j'ai vu tous les épisodes avec plaisir (depuis la reprise, puisque je n'ai pas poussé le vice jusqu'à regarder les anciens épisodes).

Comment ? Quel est le rapport ?

Le rapport, c'est que cette curieuse d'histoire d'amour à la temporalité contrariée, ce n'est du coup pas une surprise pour moi. La relation entre River Song et le Docteur suit exactement ce principe. Et pour cause, puisque j'ai découvert en me renseignant un peu, fort perturbée par cette étrange coïncidence, que Moffat s'est largement inspiré du roman pour écrire sa trame.

Ce qui est bien gentil, mais gâche beaucoup mon plaisir.

Ces voyages temporels constituent en effet le point fort de "Le temps n'est rien", et si on oublie la richesse de cette idée... j'ai trouvé le reste plutôt banal. C'est une gentille histoire d'amour, toute mignonne et touchante, avec ses hauts et ses bas. Les personnages sont attachants, certains sujets abordés sont émouvants, mais l'auteur ne creuse cependant pas énormément les thèmes abordés. Ce qui est dommage, parce qu'il y en a beaucoup qui auraient mérité davantage de développement, mais la période décrite étant très longue (une vie ! ), il était sans doute difficile de donner suffisamment de reliefs à tous les événements. Tout va vite, parfois trop vite. Je pense en particulier à la maladie de la mère de Claire, dont le traitement m'a vraiment paru survolé.

Claire aime Henri, Henri aime Claire, Claire et Henri se croisent à des âges différents avant de se retrouver dans le même présent, et comme tout cela est choupi tout plein ! Ce n'est pas niais pour autant : loin de se noyer sous la guimauve, la relation est dépeinte de manière très réaliste. Il n'y a pas que de la paillette et des licornes multicolores, heureusement.

Des questions restent en suspens, une fois la dernière page tournée. D'où vient cette fichue liste, censée recenser toutes les rencontres futures, qu'Henry donne à Claire ? Quand l'a-t-il écrite, quand lui a-t-il donnée ? Ses disparitions et apparitions devenaient-elles réellement plus violentes et douloureuses avec l'âge ? L'auteur l'a abordé dans un chapitre, avant de ne plus jamais en parler.  Il y a des petits bouts de trames perdus çà et là, des bizarreries dont on se demande si elles apportent quelque chose au récit. Le fait que Gomez soit amoureux de Claire, mais qu'il ait épousé sa meilleure amie et lui ai fait trois enfants,... ça rime à quoi ? Apparemment, tout le monde s'en fout, de toute façon. La relation entre Charisse et Claire n'en souffre pas le moins du monde, Henry ne s'affole pas, et ça ne débouche sur rien, aucune révélation divine, aucun rebondissement.

"Le temps n'est rien" est une lecture-détente parfaite quand on a envie d'une belle histoire sans prise de tête. C'est agréable, ça se lit très vite, mais ça n'apporte pas grand chose.

Je me demande bien ce que ça faisait dans la liste des Teacher's Favourite Books...

 

 

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