harold

"Jeune retraité à la vie bien rangée, malmené par une épouse exaspérée par le moindre de ses gestes, Harold Fry reçoit un matin une lettre de Queenie, une vieille amie perdue de vue qui lui annonce sa mort prochaine. Une lettre à laquelle Harold s’empresse de répondre mais qu'il ne postera jamais. Mû par l'intuition qu’il doit remettre cette lettre en main propre à son amie et que, tant qu’il marchera, elle vivra, sans boussole ni carte, sans téléphone ni chaussures de marche, Harold entame une traversée de près de 1 000 km à travers l'Angleterre.
L’occasion pour lui de réfléchir sur sa vie : son enfance douloureuse entre un père alcoolique et une mère absente, sa relation avec sa femme, Maureen, et leur première rencontre, ses rendez-vous manqués avec son fils David, sa vie professionnelle ratée, l’alcool, Queenie... Le destin d’un homme ordinaire prêt à traverser à pied un pays tout entier sur la seule certitude qu’il peut par ce geste sauver son amie."

 

Commençons par une réflexion.

En anglais : The Unlikely Pilgrimage of Harold Fry, soit « Le pèlerinage improbable d’Harold Fry »

Allemand : Die unwahrscheinliche Pilgerreise des Harold Fry
Espagnol : El insólito peregrinaje de Harold Fry
Portugais : A Improvável Jornada de Harold Fry
Néerlandais : De onwaarschijnlijke reis van Harold Fry
Tchèque : Nepravděpodobná pouť Harolda Frye

En français : "La lettre qui allait changer le destin d’Harold Fry arriva le mardi…"

Je me demande à quel moment la francophonie a basculé du côté du "Bah, fous-y plein de mots, plus c'est long plus c'est bon !"

Mais soit ! Oublions le titre, on ne va pas risquer un ulcère pour si peu.

 

"La lettre qui allait bla bla bla" est un vrai roman feel-good, un de ceux qu'on parcourt le sourire aux lèvres, ravi de la douceur du voyage, des bouffées d'espoir, et de l'optimisme ambiant. Quelques descriptions du paysage suffisent à nous donner l'impression de marcher aux côtés d'Harold, dans un fossé en bord de route, heureux de pouvoir s'arrêter pour observer une fleur et la chercher dans un petit guide, se perdre dans le trajet des nuages... Le début du roman a un côté école buissonnière. Nous voilà libres, enfin ! Sans bien réaliser encore ce qui nous attend, on se lance avec l'inconscience d'Harold, sur un coup de tête.

Evidemment, s'il ne s'agissait que d'une longue balade au soleil, tout ça serait chiant comme la pluie. D'abord, mille kilomètres à pied, ça use les souliers. Physiquement, c'est pas jojo, surtout à l'âge d'Harold. Et puis de temps en temps, on se sent très con. Les gens vous prennent pour un illuminé. On a froid, faim. La réalité et les doutes nous rattrapent.

Mais Harold avance, et le lecteur avec lui. Au fil de ses rencontres, il revient sur son passé, et semble à la fois découvrir le monde, et se découvrir lui-même. Comme s'il s'était oublié depuis très longtemps. Comme le dit ce très joli passage au début du roman:

 

Il prit conscience que c'était Maureen qui parlait à David et lui donnait des nouvelles. C'était Maureen qui avait toujours signé "Dad" à sa place sur les lettres et les cartes postales. C'était même Maureen qui avait trouvé la maison de retraite pour son père à lui. Ce qui lui conduisit à s'interroger en poussant le bouton, pour la traversée des piétons : "Si, dans les faits, elle est Harold, qui suis-je, moi ?" (p. 24)

 

Pour la première fois seul face à lui-même, Harold dépoussière sa mémoire. Il revient à l'essentiel, se dépouillant davantage à mesure de sa progression. Les récits des inconnus qu'il croise, tous touchants à leur manière, nourrissent sa réflexion. L'homme est d'ailleurs fondamentalement bon et prêt à aider son prochain : même quand il agit mal, ses motivations le rendent compréhensible.

J'ai été très touchée par le message de ce roman. Il n'est jamais trop tard pour accomplir quelque chose, pour se remettre en question, pour retrouver les siens ou pour se retrouver tout court. Rien n'est jamais perdu, pour peu qu'on se donne la peine. Et même les aventures les plus vaines mènent quelque part...

J'attends avec impatience de découvrir la suite, "La lettre de Queenie", pour avoir son point de vue sur cette affaire. Beaucoup de choses restent en suspens, et je suis curieuse d'en apprendre plus sur les liens qui les unissent !