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"La vie est grise à New York durant la Grande Crise des années 30, plus grise encore dans l'orphelinat de Hudson Street à Manhattan. Qu'importe! Annie, une adorable petite rouquine de dix ans, croit en son rêve: un jour ses parents qui ont dû l'abandonner tant ils étaient pauvres viendront et l'emmèneront.
En attendant, 'homme ses compagnes, elle lessive, récure et trime dur pour le, seul profit de miss Hannigan, l'odieuse directrice. Non sans parfois se rebeller. Une "meneuse", la petite Annie!
Et puis, un jour, c'est une douce demoiselle qui l'emmène., Où donc? Dans une somptueuse demeure de la Cinquième Avenue, chez le milliardaire Oliver Warbucks...
Annie rêve-t-elle encore? Est-ce un jeu cruel ou le début d'une merveilleuse aventure?"

Gens qui meurent, gens qui souffrent, destins brisés, landes désolées... Parfois, y'en a ras-le-bol. On a besoin d'un bon bouquin, un truc sans prise de tête qui aura juste le mérite de vous faire sourire.

Et c'est justement ce que promet "Annie" : "Elle mettra un sourire sur votre visage". Parfait !

J'avais de vagues souvenirs de la comédie musicale et de sa petite héroïne pétillante et courageuse. J'en gardais une excellente impression. Typiquement ce qui me faisait rêver : une petite orpheline enlevée à son quotidien de galère pour aller se baigner dans le luxe le plus obscène, qui vit des aventures palpitantes et va conquérir tous les coeurs par sa bonne humeur.

Là, c'est le drame. J'ai grandi. J'ai même vieilli, je l'admets. Mon coeur s'est désséché comme une vieille pomme, et la graine du cynisme y a germé. Tout au long de ma lecture, la petite fille que j'étais et l'adulte que je suis se sont battues pour avoir le dessus. Puisque beaucoup se sont déjà émerveillés sur ce rêve d'enfant, c'est la vision désabusée que je vous propose ici !

 

Notez que c'est tout plein de spoilers.

Le lieu : un orphelinat cruel, où les orphelines triment du matin au soir, sous la houlette d'une nymphomane alcoolique nommée Miss Hannigan. Annie survit grâce à l'espoir de retrouver ses parents, qui lui ont laissé la moitié d'un médaillon en l'abandonnant sur le pas de la porte. Un jour, ils reviendront la chercher, c'est sûr.

Mais c'est Grace Farrell qui apparaît. Son patron, un magnat richissime, a décidé d'accueillir un orphelin pour une semaine, histoire d'améliorer son image de marque. Parce que faire miroiter une vie dorée à un enfant malheureux pour le recoller dans sa misère crasse au bout d'une semaine, c'est bon pour sa publicité ? Il aurait pu visiter un hopital, faire un don à une association, recueillir des chatons, mais non. Je ne sais pas qui a eu cette idée de merde.

Annie est donc choisie, et découvre le palace de Monsieur Warbucks. Passée la première frayeur (Oliver Warbucks voulait un garçon), elle s'installe.Tout le monde l'adore. On lui programme des leçons de tennis, de karaté, d'équitation : toutes sortes de choses extrêmement utiles quand on est dans sa situation. Remarquez, une semaine, c'était un peu court pour apprendre à lire et écrire. Pourtant on a appris au début du livre que "[...] les petites filles auraient dû passer cinq heures par jour en classe. Elles étaient censées apprendre l'anglais, la géographie, l'arithmétique, la musique, l'histoire et la comptabilité. [...] En pratique, Miss Hannigan ne croyait qu'à une seule école : celle de Cendrillon." Boarf. Faire du poney, c'est bien aussi. Ca lui fera des souvenirs.

Sans s'en rendre compte, Monsieur Warbucks s'attache. Pas au poney, à Annie. Quand la semaine fatidique se termine, il se décide soudainement à l'adopter, sous l'impulsion de Grace. Notons que cette dernière, lors d'une soirée magique au cinéma, est apparue cheveux dénoués, ce qui a suffi pour qu'il se rende compte qu'il s'agit en fait d'une femme, non d'un meuble, et en tombe amoureux. La décision est prise : Annie sera sa pupille. En quelques jours, il est prêt à s'engager auprès d'un enfant et à lui léguer son immense fortune. Vous me direz, avec l'armée de domestiques qu'il a, il n'aura pas besoin de s'en occuper beaucoup. Ca fait quand même très caprice d'homme riche, non ? J'ai l'impression qu'on réfléchit un peu plus que ça pour accueillir un animal de compagnie.

Mais, rebondissement ! Annie refuse. C'est qu'elle a des parents quelque part, et qu'elle ne veut pas d'un autre papa. Oliver Warbucks remue donc ciel et terre pour les retrouver et la rendre heureuse. Le FBI et l'armée s'y mettent, la presse ne parle que de ça. D'immenses files d'attente se forment devant sa résidence, puisqu'il a promis cinquante mille dollars aux heureux géniteurs.

Parmi ces misérables appâtés par le gain, Miss Hannigan, son frère Rooster et sa greluche. Elle seule connaît l'existence du médaillon, et quelques détails sur la petite fille. On apprend en passant que les parents d'Annie sont en fait morts : personne ne risque de se mettre en travers de leur route. Convaincre le milliardaire de leur confier le chèque et l'enfant n'est qu'une formalité.

Cependant, les petites orphelines ont découvert cette machination, et vont la révéler à Warbucks. Qui appelle à nouveau l'armée, le FBI, etc (c'est une manie).

Pendant ce temps, Rooster a décidé de se débarasser de l'encombrante Annie, mais Miss Hannigan proteste. Affamer des gosses et les faire trimer, oui, mais les assassiner, non ! Tout le monde a ses limites, que diable ! Final rocambolesque avec hélicoptère et sauvetage in extremis. Annie se jette dans les bras d'Oliver Warbucks. Tout est bien qui finit bien.

Silence sur la mort des parents d'Annie. Lui en parle-t-on franchement ? Aucune idée. Mais elle accepte finalement son adoption, et le livre se termine sur une fête magnifique. Et si vous vous le demandiez : "Quant à "nos" orphelines, elles allaient toutes être adoptées par de riches amis d'Oliver qui voulaient être dans le vent. Et si l'une d'elles n'était pas prise, Mr Warbucks s'était engagé à l'adopter" (p. 219).

On disait quoi sur les animaux de compagnie, déjà ?

 

Oh, et puis zut. C'était bien. C'est bien construit, drôle, merveilleux. Je l'ai dévoré en deux jours, et j'ai regardé la comédie musicale (la version de 1982, disponible sur Netflix) juste après, avec une Boulette fascinée par ces gens qui se mettent à chanter et danser à tout bout de champ. J'ai passé un super moment, et ça m'a fait un bien fou.

Malgré mon odieux cynisme, oui, Annie a réussi à mettre un sourire sur mon visage !