jamaica

"Orpheline et pauvre, Mary Yellan n'a pas d'autre ressource que de quitter le pays de son enfance pour aller vivre chez sa tante, mariée à un aubergiste, sur une côte désolée de l'Atlantique. Dès son arrivée à l'Auberge de la Jamaïque, Mary soupçonne de terrifiants mystères. Cette tante qu'elle a connue jeune et gaie n'est plus qu'une malheureuse, terrorisée par Joss, son époux, un ivrogne menaçant, qui enjoint à Mary de ne pas poser de questions sur les visiteurs de l'auberge. Auberge dans laquelle, d'ailleurs, aucun vrai voyageur ne s'est arrêté depuis longtemps... De terribles épreuves attendent la jeune fille avant qu'elle ne trouve le salut en même temps que l'amour. Dans la grande tradition romantique des soeurs Brontë, la romancière anglaise, auteur de Rebecca, nous entraîne avec un sens prodigieux de l'ambiance et de l'intrigue au coeur d'un pays de landes et de marais battu par les tempêtes, où subsiste la sauvagerie ancestrale des pirates et des naufrageurs."

J'avais adoré "Rebecca", du même auteur. A vrai dire, j'ai à ce point aimé "Rebecca" que je me suis mise à acheter tous les Daphne du Maurier que je trouvais, sans aucun discernement. Je voulais qu'elle devienne mon nouvel auteur préféré. Je lui faisais confiance.

Je suis déçue, déçue, déçue.

"L'auberge de la Jamaïque" n'est pourtant pas un mauvais livre, loin de là... mais il est quelconque. Mary est une héroïne attachante, un esprit libre qui enrage souvent d'être entravée par sa condition de femme. Il y a d'ailleurs quelques belles réflexions aux accents féministes au fil des pages. Arrivée à l'auberge, et découvrant le tableau, elle prend donc la décision de sortir sa tante Patience des griffes de son époux, une espèce de brute épaisse aux trafics louches. Elle va serrer les dents, faire profil bas et attendre son heure. Ca démarrait bien.

Malheureusement, Mary ne fait en réalité... rien. Ou presque rien. Indomptable au début, elle va faire des choix discutables, prendre des risques inconsidérés, et mettre trois plombes à comprendre ce que le lecteur a vu depuis longtemps. Et tomber amoureuse d'un crétin suspect.

Ce n'est pas grave de tomber amoureuse d'un type bizarre. Ca arrive aux meilleurs d'entre nous. Ce qui est plus étonnant, c'est de nous présenter Mary comme une jeune fille raisonnable et sensée, et de la voir perdre la tête à ce point. Elle se le reproche, d'ailleurs... mais n'en sort pas pour autant. Le rêve de Mary, au départ, est de devenir une honnête fermière, travailleuse, irréprochable, courageuse. Et elle jette allégrement cet idéal aux orties pour un homme qui a l'air de se soucier d'elle comme d'une guigne.

 

- [...]J'aime à vous regarder, j'aime à vous toucher, et c'est suffisant pour un homme. Ce devrait l'être aussi pour une femme.
- Il en est bien ainsi pour certaines femmes. Je n'en suis malheureusement pas.
- Les femmes sont-elles donc d'une autre essence, à Helford ? Restez avec moi, Mary, et nous verrons bien. Vous serez comme les autres au matin, j'en jurerais. [...] Je vous achèterais une bague si ça vous donnait le sentiment d'être respectable. Il ne m'arrive pas si souvent d'avoir assez d'argent en poche pour faire une telle offre.
- Combien de femmes avez-vous donc ?
- Six ou sept, dispersées en Cornouailles, sans compter celles de l'autre côté du Tamar. (p. 227-228)

 

Ok. Ca me paraît très clair. Malgré cela, Mary n'est pas partie en courant. N'allez pas me dire qu'elle ne cherche pas les ennuis.

L'atmosphère était pourtant intéressante. L'auberge de la Jamaïque se dresse au milieu de landes désolées, où pullulent les marécages mortels. De noirs amas de rochers se dressent vers le ciel. Et en plus, il pleut. Il y a de la violence, des méchants très très méchants, des agressions, une belle tempête. Mais cela ne change rien à l'impression que cette pauvre Mary n'est qu'un fétu de paille, ballotée de droite à gauche par des événements sur lesquels elle ne parvient pas à influer.

Le final m'a fait carrément grincer des dents, et j'ai refermé ce livre sur une impression de grosse déception. Je n'en suis pas encore à liquider ma collection de Daphne du Maurier, mais je commence à me demander si c'était une si bonne idée...

La prochaine fois, ce sera peut-être mieux ?