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"Marie, fille d'un fermier et d'une journalière, encore jeune enfant, perd ses parents. Séparée de son frère, elle est recueillie par une femme du village et se voit surnommée "la fille aux pieds nus". Le récit dresse une représentation réaliste des conditions de vie en milieu rural à la fin du XIXe siècle."

 

Chouette ! Des orphelins devenus seuls au monde après le décès tragiques de leurs braves parents ! Ma lecture rétro préférée ! Après ils vont sûrement connaître la misère, devenir bons et humbles suite aux épreuves, et trouver la fortune d'une manière inespérée sans jamais oublier d'où ils viennent !

En tout cas, d'habitude, ça se passe comme ça. Mais il semblerait que cette fois, nous ayons quelque chose d'un peu différent... Pour mon plus grand plaisir !

Nos deux pauvres orphelins, Marie et Damien, sont donc recueillis par le village. La commune prend en charge les frais liés à leur éducation. Mais aucune bonne âme ne se propose d'héberger les deux enfants à la fois : Damien finit donc chez le père Zacharie, un invalide alcoolique caractériel (oh chouette ! ), et Marie, chez Marianne la Noire, une femme réputée sorcière.

Première entorse au mythe des orphelins mignons : Damien est un pleurnichard sans aucune force de caractère et sans talent particulier. Il se laisse porter par les opinions des autres, établit mille projets merveilleux dans sa tête sans jamais rien concrétiser, il geint, se victimise... Une brave tête à claque que sa soeur, la seule héroïne de l'histoire, s'efforce d'aider comme elle le peut. Et qu'elle se traîne donc comme un boulet.

Ah, Marie... Voilà un personnage complexe et intéressant ! Marie ne lâchera certes jamais son frère (le sens de la famille, sans doute), mais elle n'hésitera pas à envoyer bouler tous les autres sans aucun calcul. Marianne la Noire lui a appris à mépriser la charité et à avoir conscience de sa valeur. Même si elle marche pieds nus, elle n'en demeure pas moins digne de respect, et ne s'abaissera devant personne. Au point d'avoir l'air orgueilleuse s'il le faut ! Il faut dire qu'elle a été confrontée très tôt à la vacuité des belles promesses et des paroles mielleuses. Marie est une bosseuse qui a la tête sur les épaules et ne se laisse pas réduire à son état de miséreuse.

Ce n'est pas un conte de fées. Les êtres humains sont souvent peu dignes de confiance, les promesses que la pitié les pousse à faire sont vite oubliées. Ils sont guidés par leur désir de faire du profit, soucieux de préserver leur réputation, individualistes et mesquins. On est bien loin du monde catholique bien-pensant généralement dépeint à l'époque ! On reste cependant profondément ancré dans le merveilleux, par l'évocation des légendes très présentes dans l'imagination de l'enfant.

La fin vient un peu gâcher tout le travail accompli : on n'échappe pas au classique riche mariage. Et la pauvre Marie devint une fermière fortunée et heureuse (oui, fermière, pas princesse, mais c'est tout comme). Bien fait pour les rageux !