Sous la peau, Michel Faber

Sillonnant, au volant de sa Toyota rouge, les paysages magnifiquement désolés des Highlands d'Ecosse, Isserley, une jeune femme aux épaisses lunettes et à l'aguichante poitrine guette les auto-stoppeurs, jeunes, grands et musclés de préférence. Dans quel but ? Est-elle une nymphomane en quête d'aventures érotiques ? Une mante religieuse meurtrière à la recherche de victimes ? Ou encore une simple intermédiaire, chargée de livrer sa cargaison de chair dans une ferme étrange... ? Michel Faber nous entraîne dans une narration d'une habileté machiavélique, doublée d'une fable cruelle sur le fonctionnement souterrain des hiérarchies de pouvoir dans les sociétés fondées sur la marchandise et le profit. Sous la peau est une couvre qui échappe à toute classification et qui ne manquera pas tour à tour de fasciner, de troubler, voire de choquer le lecteur.
Je partais avec un a priori positif sur Michel Faber. Même si « Le cinquième évangile » ne m’avait pas convaincue plus que ça, il reste l’auteur du magistral « La rose pourpre et le lys », qui fait partie de mes plus belles découvertes de ces dernières années.
« Sous la peau » est son premier roman, et déjà on y trouve la même énergie, ce talent de conteur, et le plaisir de se laisser guider par quelqu’un qui apparemment sait où il va. Cependant, là où je trouvais que le narrateur de la Rose pourpre me prenait par la main, j’ai parfois eu l’impression d’être traînée par le bras dans « Sous la peau », sans avoir le temps de me poser, brinquebalée d’un côté à l’autre. L’auteur distille ses indices avec précision, et quand on croit avoir enfin tout compris, un nouvel élément vient faire s’écrouler nos théories.
Ce qui m’a d’abord étonnée, c’est le genre du roman. Je sais qu’il ne faut jamais l’attendre dans une catégorie précise, mais en abordant ce livre, rien ne me laissait présager ces éléments de science-fiction. La quatrième de couverture nous indique mollement un polar… Plutôt déstabilisant ! Il y a du polar, mais aussi de la SF, du thriller, de la fable parfois, un brin de philosophie. A boire et à manger pour tout le monde !
En fin de compte, j’en ressors perdue. Je ne sais pas ce qu’il voulait que j’y trouve, exactement. En vrac, on s’interroge sur le rapport entre l’humain et l’animal (au point que je me suis sincèrement demandé si j’avais entre les mains un pamphlet végétarien), la notion d’identité, d’appartenance à un groupe, de stigmatisation, la commercialisation à outrance… Ca fait beaucoup, tout ça. J’aime me demander tout au long d’un livre où on m’emmène, mais quand je réalise que c’est à la fois partout et nulle part, je ne peux pas m’empêcher d’être déçue.
A lire pour sa plume, pour se laisser surprendre et malmener un peu, et parce qu’il est loin d’être inintéressant. A oublier si on aime les histoires bien linéaires.
A noter: une adaptation pour le cinéma est en préparation actuellement, avec Scarlett Johansson dans le rôle du personnage principal. Et si je lis encore une fois qu'Isserley est une alien nymphomane, je risque de prendre mon pied-de-biche et d'aller faire sauter quelques dents de journaleux. Il faut croire que personne n'a pris la peine de lire le bouquin avant d'en parler, et ça me rend toute tristesse et désillusion!