petaudière

 

"Réputée pour ses querelles familiales incessantes, la famille de la Taudière voit son château surnommé le château de la Pétaudière par une mauvaise langue. Mais la venue au sein de la famille de Marie-Ange une orpheline, jointe à de dures épreuves, vont ramener la paix chrétienne et le bonheur familial."

 

Olga de Piquoi ? me direz-vous. Mais si je vous dis qu'en fait, c'est Olga de Ségur, épouse de Pitray, vous pourrez la relier à notre chère Comtesse adorée : il s'agit de sa fille. Waouw ! La pression sur les épaules, quand maman a publié toute une tripotée de bouquins à succès, et qu'on veut prendre la plume à son tour !

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Olga peinte par son frère, Louis-Gaston de Ségur. Trop chouquette.

Olga n'aura jamais le succès de sa mère, mais publiera tout de même quelques titres dans la Bibliothèque Rose, dont celui qui nous intéresse.

La famille de la Taudière se compose donc d'une bande de galopins mal élevés qui se hurlent dessus à longueur de journée, font les pires âneries, et n'ont de respect pour personne. Leur père, Alfred, n'est jamais là (et franchement, on le comprend), leur mère, Angéline, fragile des nerfs, n'a pas la force de lutter, et la cuisinière ne fait que beugler. Un vrai cauchemar. Madame de la Taudière se désespère.

"Mon Dieu ! dit-elle, comment se fait-il que ces enfants ne puissent s'empêcher d'être si bruyants, si terribles et si pétulants ?" (p.17)

 

(Notez que moi aussi, je me demande ça tous les jours, pourtant je n'ai qu'un enfant)

Un jour arrive une lettre : c'est Albert de la Roche-Ploerhouet qui écrit à son ami d'enfance pour lui annoncer qu'il va mourir bientôt, et qu'il lui confie sa fille, Marie-Ange. Par pure charité chrétienne, Monsieur et Madame de la Taudière accourent au chevet du malheureux, laissant les enfants aux bons soins de la cuisinière qui n'en demandait pas tant. C'est une grande imprudence que commet la brave mère de famille, puisque sa santé est tellement, tellement fragile, mais elle ne peut refuser son aide.

Marie-Ange est donc l'héroïne de ce récit, la petite fille modèle, éprouvée très tôt par la perte de sa mère, puis par la cruauté de son père qui ne supportait plus de la regarder tant elle ressemblait à la défunte. Ambiance sympa au château, donc. Marie-Ange a traîné sa peine de pièce vide en pièce vide, et voilà que son père va mourir à son tour, et qu'on l'enverra chez des inconnus.

Vu que l'agonie du cher Albert traîne un peu en longueur, Angéline de la Taudière rentre auprès des siens. Epuisée par le voyage, les émotions, et le bordel que foutent ses rejetons, c'est le drame : elle meurt.

Inutile de préciser que quand Marie-Ange arrive enfin, ce n'est pas spécialement la fête. Sans leur mère pour les attendrir un peu, les enfants sont incontrôlables.

Je peux arrêter là puisque vous avez vu venir la suite : à force d'amour, de compassion, de charité chrétienne, en montrant le bon exemple, la présence bénie de Sainte Marie-Ange redonnera à chacun un nouveau souffle, un avenir, une place dans la société, etc etc. Plus personne n'a de défaut, tout le monde aime Dieu, certains rentrent même dans les ordres. Louée soit Marie-Ange.

En voulant faire du conte moral, Olga de Pitray néglige peut-être son plus beau talent : un humour cinglant qui ne s'exprime que dans quelques trop rares passages où elle met en scène une cousine aigrie, Mme de la Grincharderie, qui se repaît du malheur des autres et maltraite mari et employés.

 

"M. de la Grincharderie ouvrit la bouche, comme pour dire quelque chose, puis il la referma sans avoir rien dit. Une longue expérience lui avait appris que le silence est d'or.
Mme de la Grincharderie, déçue dans l'espérance d'entamer une de ces petites discussions où elle excellait, parla, non sans aigreur, de ces gens insupportables qui sont toujours muets comme des poissons; puis elle fit quelques remarques pleines d'à-propos sur les personnes supérieures condamnées à vivre avec des êtres plats et vulgaires; elle reprit ensuite le cours de ses observations critiques." (p.122)

 

Peut-être que l'ironie n'était pas assez bien-pensante pour en faire un ouvrage respectable, peut-être qu'Olga voulait absolument écrire pour les enfants, comme sa mère... L'ensemble reste cohérent et n'est pas désagréable, mais ces passages savoureux ne font qu'accentuer le manque d'originalité du reste du récit.

C'est dommage. C'aurait été classe, une dynastie d'auteurs à succès !

 

 

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