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«Etant enfant, Janet Coombe avait la passion des choses de la mer et ne regrettait rien tant que de ne pas être née garçon pour pouvoir courir les océans. En grandissant, cette passion lui est restée. Le mariage avec son cousin Thomas, son nouveau rôle d'épouse et de mère vont-ils changer Janet ? Ses familiers le croient et se trompent. Sa nostalgie de la vie maritime devient chaque jour plus forte et elle la transmet à son second fils Joseph. Il projette de naviguer avec elle à bord d'un voilier portant son nom et dont la figure de proue est sculptée à son image. La joie tue Janet le . jour du lancement du navire, mais les liens qui l'unissent à Joseph ne se brisent pas. Par-delà la mort, Janet est l'inspiratrice et le soutien de ce fils très aimé, si différent de son inquiétant cadet Philip. Leur mère morte, ce dernier mène sans bruit une vendetta secrète, que tour à tour facilite ou déjoue la destinée, contre le hardi capitaine de la Janet-Coombe. C'est en Cornouailles, à l'époque où les voiliers étaient encore les rois des mers, que commence cette histoire d'un navire et d'un amour qui défie la mort et le temps...»

 

"Rebecca" m'avait enthousiasmée, "L'auberge de la Jamaïque" avait tempéré mes ardeurs... "La chaîne d'amour" allait donc me permettre d'équilibrer tout ça. Le suspense était à son comble. Je tremblais d'appréhension et d'excitation mêlées (bon ok, j'exagère un brin).

Mille fois bénie sois-tu, Daphné, car nous voilà réconciliées ! J'ai dévoré ce roman. J'ai d'ailleurs été désagréable avec tout le monde, puisque tout ce que je voulais, c'était m'isoler pour découvrir la suite. Voilà tout à fait le genre de livres qui obsède et transporte hors du temps, faisant disparaître la réalité jusqu'à ce que la dernière page soit tournée.

J'ai clairement adoré "La chaîne d'amour". Ne vous laissez pas abuser par ce titre bien mièvre ! Il s'agit d'une saga familiale se déroulant principalement dans la petite ville de Plyn, en Cornouailles. Le roman donne la parole à quatre personnages : Janet, une femme charismatique et sauvage qui rêve de prendre la mer ; Joseph, son fils préféré, avec lequel elle forme un couple fusionnel ; Christopher, le fils de ce dernier, étouffé par les espoirs démesurés que l'on place en lui ; et finalement Jennifer, qui les rassemble tous un peu.

J'ai particulièrement aimé Janet, bouillonnante de vie, mais enfermée dans son rôle de femme. Aucune échappatoire pour elle, si ce n'est l'espoir que lui offre son fils : "Un jour, je serai capitaine et tu viendras sur mon bateau". Ah, si Janet avait été un homme ! Elle aurait été capitaine d'un bateau veeeert et blaaaaanc ! Plusieurs réflexions aux accents féministes naissent d'ailleurs dans son discours, mais elle n'ira pas jusqu'à se rebeller. Elle sera épouse et mère, tranquille et respectable... en apparence. Mais ce feu intérieur ne s'éteindra jamais. 

Joseph recherche la liberté totale. Il méprise les faux-semblants et les conventions sociales, trop mesquines et codifiées. Sur Terre, il est comme l'albatros de Baudelaire, et ne trouve pas sa place. Aucune femme ne peut de toute façon faire face à l'ombre démesurée de sa mère. Sa soif d'absolu est fascinante. Par quelques côtés, il m'a fait penser à l'Antigone d'Anouilh : "Je veux tout, tout de suite, et que ce soit entier, ou alors je refuse !"

Comment Christopher pourrait-il rivaliser avec un père pareil ? Comment s'épanouir quand on sait qu'on est une déception pour l'homme qu'on admire le plus au monde ? J'ai été touchée par cette quête d'approbation perpétuelle, comme s'il restait un petit garçon ayant besoin d'un encouragement pour aller de l'avant.

Jennifer est peut-être la moins charismatique du lot, mais la plus lucide. Déracinée de Plyn par sa mère, elle y reviendra toutefois pour s'accomplir, et dans les ténèbres les lier.

Il faut peut-être croire aux âmes et à la persistance de l'amour, même après la mort, pour accrocher pleinement au message de ce roman. Daphné du Maurier n'hésite pas à introduire des fantômes pour servir son propos ! Les coïncidences sont troublantes, certaines présences surnaturelles (en particulier la proue du navire de Joseph qui semble presque avoir recueilli l'âme de Janet).

Chaque personnage a son caractère et ses particularités, et l'auteur à nous impliquer totalement dans leur quotidien et leurs ressentis. En suivant Joseph, on ne rêve que de prendre la mer, de sentir la puissance des vagues et la violence des tempêtes. Mais arrive Christopher, et tout comme lui on se dit que marin, c'est vraiment un métier de fou, que la mer c'est dégueulasse les poissons baisent dedans (enfin, en gros) et qu'en plus le roulis fait vomir. Quel expérience étrange de passer d'une opinion à l'autre, manipulé par cette plume talentueuse !

 

J'ai déjà hâte de lire mon prochain Daphné du Maurier. Par deux fois, elle m'a prouvé de quoi elle était capable. Quelles autres émotions me réserve-t-elle ?

Je vous laisse, je vais prendre ma carte au fan-club !