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“Je vais te faire embaucher au Betrieb. La couture, c’est mieux pour toi. Le rythme est soutenu mais tu es assise. D’accord ?
– Je ne sais pas.
– Si tu dis oui c’est notre enfant. Le tien et le mien. Et je te laisserai pas.
Mila se retourne :
– Pourquoi tu fais ça ? Qu’est-ce que tu veux ?
– La même chose que toi. Une raison de vivre.”

En 1944, le camp de concentration de Ravensbrück compte plus de quarante mille femmes. Sur ce lieu de destruction se trouve comme une anomalie, une impossibilité : la Kinderzimmer, une pièce dévolue aux nourrissons, un point de lumière dans les ténèbres. Dans cet effroyable présent une jeune femme survit, elle donne la vie, la perpétue malgré tout.
Un roman virtuose écrit dans un présent permanent, quand l’Histoire n’a pas encore eu lieu, et qui rend compte du poids de l’ignorance dans nos trajectoires individuelles.

 

Je ne lis pas souvent de romans revenant sur l'atrocité des camps de concentration, mais les excellentes critiques sur ce titre ont titillé ma curiosité, et j'ai profité d'une rare* excursion à la librairie pour faire main basse sur un exemplaire.

*Vous commencez à savoir que je ne lis que du daté d'occasion, ou presque, parce que j'ai des hérissons dans le porte-monnaie.

"Kinderzimmer" réussit le tour de force de ne pas verser dans le pathos trop évident. Camp de concentration et femme enceinte, ça fait beaucoup, et maintenir l'équilibre demande un talent certain ! Au début, Mila occulte sa grossesse, n'en est même plus certaine. Toute ses forces sont monopolisées par la survie. Hébétée, elle découvre avec horreur la manière dont on peut traiter d'autres êtres humains. Les femmes du camp de Ravensbrück sont des prisonnières politiques : on n'aborde donc pas, cette fois, le thème de l'antisémitisme. La cruauté, les privations, et les maladies, les cadavres au quotidien ne parviennent cependant pas tout à fait à étouffer l'admirable espoir de certaines. 

La Kinderzimmer n'apparaît que plus tard, et le coeur se serre d'horreur et d'impuissance. Mais je vous laisse découvrir la suite...

Durant les premières pages, le style m'a plutôt surprise : haché, ponctué de nombreuses virgules, il est parfois très oral. Le résultat d'ensemble sonne terriblement juste, et passées les premières pages, on se laisse prendre au charme de cette narration. On sent la précipitation, l'urgence de raconter les faits impossibles à croire, de ne rien laisser tomber dans l'oubli. 

Au départ innocente à l'excès (elle ignore notamment tout du fonctionnement de son corps), le personnage de Mia va devoir s'endurcir, trouver des ressources insoupçonnées. Etrangement, je ne me suis jamais attachée à elle. Il manquait quelque chose pour la rendre bien réelle, comme si elle n'était qu'une narratrice sans réelle consistance. Elle rapporte les événements sans détailler son ressenti. Les enfants de la Kinderzimmer ont davantage retenu mon attention, mais consciemment ou pas, on se protège en ne s'impliquant pas trop. L'empathie n'est pas au rendez-vous, mais cela n'en rend pas la lecture inutile pour autant. 

Presque clinique parfois dans la description des corps rongés par les privations, les maladies et la vermine, "Kinderzimmer" délivre aussi un message d'espoir qui ne sombre pas dans la niaiserie.

Ce n'était donc pas la claque annoncée, mais je reste heureuse d'avoir découvert ce roman.