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"Algérie, dans les années 1930.
Les champs de blés frissonnent. Dans trois jours, les moissons, le salut. Mais une triste nuit vient consumer l'espoir. Le feu. Les cendres. Pour la première fois, le jeune Younes voit pleurer son père. Et de pleurs, la vie de Younes ne manquera pas. Confié à un oncle pharmacien, dans un village de l'Oranais, le jeune garçon s'intègre à la communauté pied-noire. Noue des amitiés indissolubles, françaises, juives : "les doigts de la fourche ", comme on les appelle.
Et le bonheur s'appelle Emilie, une "princesse" que les jeunes gens se disputent. Alors que l'Algérie coloniale vit ses derniers feux, dans un déchaînement de violences, de déchirures et de trahisons, les amitiés se disloquent, s'entrechoquent. Femme ou pays, l'homme ne peut jamais oublier un amour d'enfance..."

 

Etrange roman que celui-là ! C'était ma première rencontre avec Yasmina Khadra, et je sais déjà qu'il y aura d'autres rendez-vous.

La quatrième de couverture en dit bien trop long sur l'intrigue (en gros, c'est bon, vous savez tout), mais n'aborde pas le statut  particulier de Younes. Les extraordinaires yeux bleus de son visage aux traits arabes lui donnent une allure métissée. Sa tante va d'ailleurs jusqu'à le rebaptiser : de Younes, il devient Jonas. Il quitte la communauté arabe pauvre pour rejoindre les pieds-noirs à la vie douce, mais n'oubliera jamais ses racines. Ayant tout connu, il appartient aux uns autant qu'aux autres : il est misérable et aisé, arabe et continental. Il pourrait pourtant quitter son statut de spectateur et choisir un camp... Mais Younes ne choisit jamais. Fidèle à un passé dont il ne peut se détacher, à une promesse qui l'entrave, il regarde passer les jours sans jamais s'impliquer tant qu'on ne l'y force pas.

Cette passivité peut être très agaçante. J'ai espéré à de nombreuses reprises qu'il allait se secouer et se battre, mais il reste à l'écart. Plus il vieillit, plus il se fige. Son manque d'implication dans sa propre histoire le fait passer au second plan alors que se déroule des événements autrement plus marquants : la fin de l'Algérie coloniale.

Voilà une page de l'Histoire que je ne connaissais pas du tout, ou trop peu. J'ai été fascinée par le lent déchirement de cette communauté, ces hommes amoureux de la même terre et pourtant si différents. A petites touches, Yasmina Khadra nous évoque ces conceptions différentes et inconciliables de la vie.

 

"- Nous ne sommes pas paresseux. Nous prenons seulement le temps de vivre. Ce qui n'est pas le cas des Occidentaux. Pour eux, le temps, c'est de l'argent. Pour nous, le temps, ça n'a pas de prix. Un verre de thé suffit à notre bonheur, alors qu'aucun bonheur ne leur suffit." (P. 101)

 

Cette grande Histoire constitue vraiment l'attrait majeur du roman à mes yeux, et la vie de Younes n'est qu'un prétexte pour pouvoir s'y plonger. Ce qui n'est au départ qu'une toile de fond prend de l'ampleur pour finalement s'imposer face aux errements du personnage principal.

L'écriture est très belle, maîtrisée. Les pages défilent sans qu'on s'en rende compte.

Une très jolie découverte, douce-amère et mélancolique.