roman

 

"Après trente mois de silence, Isabelle entreprend de raconter à son curé les derniers événements. Sa vie s'écoulait, monotone, auprès de son père féru d'antiquités, jusqu'à ce que la baronne de Ferjeux vienne passer l'été dans son château..."

 

Il y a quelque chose d'austenien dans ce livre! Est-ce parce que plus de cinquante ans séparent les deux auteurs qu'on a complètement oublié ce pauvre Victor Cherbuliez? Ses considérations étaient-elles déjà démodées? C'est la malédiction des anciens de l'Académie Française?

Isolée avec son père dans les bois du Jura, Isabelle est une jeune fille raisonnable, calme, posée, qui se méfie de toutes les passions. Le monde l'indiffère. L'hypocrisie des salons parisiens ne l'attire pas le moins du monde. D'ailleurs, elle est bien décidée à devenir vieille fille, bien qu'elle soit (évidemment) très belle. Mais sa nouvelle et bruyante voisine se révolte de la voir vieillir sans mari, et s'empresse d'appeler à la rescousse son neveu qui chercher à se caser. Isabelle proteste, se récrie, fronce les sourcils, mais tout le monde s'en moque. Et contrairement à toutes nos attentes, elle tombe amoureuse du neveu en question, et accepte de l'épouser huit jours plus tard.

HUIT JOURS.

Lundi vous serrez la main d'un parfait inconnu en disant "Ravie de vous rencontrer", et le mardi suivant il vous demande en mariage et vous dites oui. Alors que vous êtes calme, posée, raisonnable, voire un peu austère. Les femmes frivoles de France devaient se faire épouser en deux heures.

Je vous résume les rebondissements de sa vie de couple avec ce parfait inconnu: Après quelques semaines idylliques, peut-être qu'il ne l'aime plus, peut-etre qu'il l'a trompée. Va-t-elle pardonner ? Oh non, impossible, vraiment !  Elle va plutôt faire la gueule pendant cent cinquante pages. Mais si en fait il l'aimait, et s'il ne l'avait pas trompée? Mais non, cela ne se peut ! Mais peut-être qu'en fait si ! Foutaises, et puis de toute façon elle fait la gueule. Elle se plaît à s'imaginer vivre avec quelqu'un qu'elle vient de rencontrer (c'est une lubie, décidément). Comment, son mari compte partir pour toujours à l'étranger ? En fait nous nous aimons depuis toujours, vivons heureux !

Voilà. Pas vraiment de surprise à ce niveau.

Les traits austeniens que j'évoquais tiennent à deux choses: l'héroïne forte et réfléchie qui porte un regard ironique sur la bonne société tout en se soumettant aux usages et en adoptant un comportement irréprochable; mais surtout, la conversation portée à l'état d'art et mise à l'honneur. On retrouve le même style de joutes verbales, de subtilités de langage et de considérations interminables sur l'emploi de tel mot plutôt que de tel autre.

Ce n'est vraiment pas un mauvais livre, j'ai passé un bon moment. Le rythme se perd un peu sur la fin et on voit arriver le dénouement gros comme une maison, mais il est agréable. Les fans de Jane Austen apprécieront peut-être !