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"Quel adorable garnement que ce petit Bob! Dans cette succession de scènes de la vie quotidienne, on le découvrira conversant avec l'abbé chargé de son éducation, son père ou sa mère. Enfant terrible, il a le don de rapporter et de déformer des propos qu'il n'aurait pas dû entendre... et de confronter les adultes à leurs contradictions!"

 

Parfois, il y a des livres magnifiques, à propos desquels on se demande pourquoi diable ils ne sont pas passés à la postérité.

Parfois, il y a des livres épouvantables, à propos desquels on se demande pourquoi diable ils n'ont pas été brûlés durant les rudes hivers que nous avons connus. Et il y en a eu, de rudes hivers, depuis 1882! Mais cet exemplaire de "Petit Bob" a survécu et s'est retrouvé entre mes mains.

Au départ, je voulais juste parcourir quelques pages pour découvrir de quoi ça parlait et en faire le résumé pour l'enregistrer dans ma bibliothèque. Au bout de cinquante pages, je ne comprenais toujours pas ce que je foutais là, ni ce que voulait l'auteur. Alors je l'ai terminé. Je n'en sais toujours pas plus.

D'après un commentaire laconique de Wikipedia, "Petit Bob" représente l'enfant terrible. En réalité, il s'agit d'une tête à claque imbuvable, qui parle comme un bouseux et semble n'éprouver de respect pour personne, ou si peu! Il faut dire que les personnages qui l'entourent ne sont pas vraiment jojo: un abbé austère, un père très occupé, une mère tendre mais parfois incisive... Parler politique et se pavaner dans les soirées compte vraisemblablement plus que l'éducation de leurs enfants, déléguée à l'abbé. Ils se contentent d'attendre que leur enfant se tienne correctement pour pouvoir le sortir sans trop de honte.

 

BOB. - Tu veux plus qu'nous causions d'Corneille, dis?

MAMAN. - Je ne veux pas discuter avec toi... tu es absolument ridicule, mon pauvre Bob.

 

Merci, maman, ça fait toujours plaisir.

Si "Petit Bob" est un reflet déformé de la société qui l'entoure, le portrait n'est pas flatteur. Il est obsédé par "les petites femmes" dont il parle en long, en large et en travers et qu'il cherche à observer à la moindre occasion. Il faut dire que le pauvre enfant, âgé de huit ans, s'interroge encore su les bosses qu'elles ont sur la poitrine. On voit les dégâts causés par la pudibonderie!

Il cherche à lire à tout prix, et on pourrait penser qu'on l'y encourage, mais non! Car Victor Hugo et Corneille ne sont pas considérés comme convenables pour un enfant. Trop belliqueux. Si votre enfant vient vous déclamer du Racine, n'hésitez pas à le consigner dans sa chambre, surtout, ce petit effronté.

Le gouffre qui nous sépare de cette époque est effrayant. Quand Bob pose des questions, on lui reproche de "raisonner". En fait, il a simplement le droit de se taire, d'apprendre ses leçons, et de rester dans son coin. Tout le reste est considéré comme de l'impertinence. A ce prix, nous étions tous des enfants terribles...

On n'apprend rien. Il n'y a aucune évolution dans le personnage ou son entourage. Il n'y a pas de morale. Voilà certainement un roman sur lequel on peut faire l'impasse.

Peut-être qu'en origami, il serait très bien...