cagole

"Depuis l’âge de cinq ans, Monsieur Cagole est atteint d’un eczéma incurable. A quarante ans, alors qu’il vit en permanence cagoulé et ganté pour se protéger du regard des autres, il perd son cheval, le seul être qu’il aimait. Il laisse alors tout derrière lui pour être engagé dans un cirque comme palefrenier. Un cirque qui l’acceptera. Monsieur Cagole raillera son amertume et le bouclier de « cafards » tombera peu à peu, le laissant nu et apeuré. Il apprendra doucement à s’aimer et à être aimé en retour pour sortir enfin de cette spirale de malheur."

 

On ne va pas tourner autour du pot: je n'ai pas aimé ce livre. Vraiment pas. Je le regrette d'autant plus que le résumé m'intriguait, et que j'ai eu la chance d'être sélectionnée pour le recevoir lors de la dernière opération Masse Critique de Babelio.

Ce qui m'a principalement déplu, c'est l'absence de vraisemblance. Un personnage raillé depuis toujours pour son épouvantable eczéma qui lui donne un aspect repoussant décide, après la mort de son cheval, d'aller prendre un verre dans un bar. Bon. Je pensais que quand on craignait le regard des autres, un bar bondé n'était pas le meilleur endroit pour se sentir mieux, mais soit, il est "épuisé et assoiffé", après tout. La radio diffuse l'annonce d'un cirque cherchant un palefrenier.

Attendez. Je vis peut-être en pleine cambrousse, mais je capte la radio. Jamais je n'y ai entendu de petites annonces, encore moins d'offres d'emploi, et certainement pas en boucle. Mais soit, je fais un effort. C'est sans doute une radio locale, "Job FM", qu'on diffuse dans un bar parce que ça met de l'ambiance... Ah bah non. Disons que c'est juste à côté de Pôle Emploi et que tous les chômeurs viennent y prendre un verre après leur rendez-vous de suivi.

Sur un coup de tête, notre personnage décide de postuler tout de suite pour ce poste.

Eh merde. Il est rentier, son cheval vient de mourir, il est terriblement complexé et évite le regard des gens, donc il se dit que la solution serait de changer de vie en devenant palefrenier dans un cirque? Ok. Il appelle donc à 20h15, parce que c'est une heure normale pour postuler à un emploi dans un cirque. Et il est embauché de suite. Après tout, c'est un grand cavalier, ça, c'est presque logique. Il croise les artistes du cirque, et un petit garçon en profite pour l'inviter à son anniversaire.

- Eh! Cet après-midi, c'est mon anniversaire, viens, on va le fêter!

Sans attendre ma réponse, je le vis se glisser sous le grand chapiteau.

Quoi offrir à José? Les chevaux abreuvés, je suis allé dans la forêt, j'ai ramassé des brindilles, et des plumes.

Il ne se demande même pas s'il va accepter. Il ne manifeste aucune crainte à l'idée de se retrouver en plein milieu d'une fête, avec des gens qu'il ne connaît pas. Ou bien peut-être que si. Peut-être qu'il a dû faire un énorme effort pour s'y rendre. Peut-être que c'était un déchirement pour lui. Je n'en sais rien, l'auteur ne le dit pas.

Le style n'est pas désagréable à lire, mais les dialogues souffrent de ce manque de vraisemblance. La relation tumultueuse de l'auteur avec la ponctuation n'aide clairement pas.

- Alors, comment as-tu commencé? Comment as-tu commencé le cheval? me demanda-t-il.

- Par hasard, lui répondis-je.

- Par hasard? répéta-t-il interrogé.

Oui, ."répéta-t-il interrogé", tout à fait. Et si un jour vous croisez un mec qui vous dit ça: "Elle m'a donné un baiser sur mon crâne. Un baiser léger, doux, saisissant, comme un flocon de neige. Un baiser sur mon crâne nu, apeuré.", je vous en prie, appelez-moi, j'aimerais le rencontrer.

Le cirque est décidément un endroit magique: tous les personnages sont philosophes. Ils sont réfléchis, profondément humains, partagent des réflexions profondes sur leur rapport à l'amour, construisent des métaphores sur leur art. Ils sont parfois maladroits, mais toujours bien intentionnés. Il n'y a pas un seul con. Pas un seul! Si vous cherchez Casimir, je parie qu'il est planqué là-bas.

Laissons tomber la vraisemblance: disons que c'est une fable. Vu comme ça, ça passe tout de suite beaucoup mieux. Il y a de très belles tirades, des envolées, des rêves qui sont agréables à lire même s'ils sont décousus (après tout, c'est le propre des rêves!): ce sont d'ailleurs les meilleurs moments de ce livre. Il y a aussi une jolie morale, pertinente, même si elle est mal amenée.

Ce n'est pas un gâchis total. Je serais curieuse de lire des poèmes en prose de Karol Rouland, qui a une vraie liberté de plume et un pouvoir d'évocation intéressant. Peut-être que son côté fantasque s'y épanouirait davantage. Mais malgré tout l'amour de l'auteur pour l'univers du cirque qu'elle décrit avec passion, la sauce n'a pas pris.

 

Merci à Babelio et à Riveneuve éditions pour cette lecture!

 

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