longbourn

"Sur le domaine de Longbourn, vivent Mr et Mrs Bennet et leurs vénérables filles, en âge de se marier.
À l’étage inférieur veillent les domestiques. Personnages fantomatiques dans le célèbre roman de Jane Austen, Orgueil et préjugés, ils deviennent ici des êtres de chair et de sang qui, du matin au soir, astiquent, frottent, pétrissent et vivent au rythme des exigences et des aventures de leurs bien-aimés patrons. Mais ce que les domestiques font dans la cuisine, sans être observés, pendant qu’Elizabeth et Darcy tombent amoureux à l’étage, relève d’eux seuls… Une histoire d’amour peut en cacher une autre, et qui sait quel secret enfoui risque de ressurgir."

En voilà un qui m'intriguait! "Les amateurs de Jane Austen et de Downton Abbey goûteront avec un plaisir particulier ce roman", peut-on lire de la part de Peoplemag sur la quatrième de couverture. J'aime modérément Austen, certes, mais je regarde toujours avec bonheur Downton Abbey. Le mélange des deux était prometteur, et je venais de finir "Orgueil et préjugés" quelques jours auparavant! Quelle heureuse surprise d'être sélectionnée pour cette lecture par Babelio et les éditions Stock!

Les critiques semblent enthousiastes, il en fallait bien une plus modérée. Je me dévoue.

Le personnage principal, Sarah, n'est qu'une adolescente au début du roman. Comme souvent à cet âge, elle a de grands rêves d'évasion, trouve son environnement méprisable et ceux qui l'entourent pitoyables. Très honnêtement, au départ, elle a le charisme d'une huître. Je n'avais qu'une envie: qu'elle grandisse, et qu'elle se ressaisisse. Le déclic lui viendra de sa prodigieuse et éternelle histoire d'amour à laquelle je n'ai pas cru une seconde, et croyez-moi, c'est un frein considérable pour apprécier sa lecture.

Sarah-l'huître-boudeuse doit être exceptionnellement belle (bien qu'elle pense le contraire), parce que ni sa conversation ni sa sympathie naturelle discutable (ado rebelle, on vous dit) ne me paraissent dignes d'intérêt. Mais soit, l'amour ne s'explique pas: bien qu'elle le prenne pour un meurtrier en cavale, un voleur, un bourreau d'enfants ou le croque-mitaines en personne, le nouveau valet, James, tombe éperdument amoureux d'elle. Ah bon. Ptolémée, le beau mulâtre au service des Bingley, est également séduit.

Sarah trouve Ptolémée vraiment super. Et finalement, plus du tout, puisqu'à la faveur d'un baiser, elle se rend compte qu'elle a toujours aimé James. Même quand elle fouillait sa chambre à la recherche d'indices sur ses crimes imaginaires? Hum, presque toujours, disons. Mais en tout cas, c'est sûr, c'est pour toute la vie de toujours jusqu'à l'infini. Coeur coeur amour paillettes.

Je suis tout à fait prête à croire à des tonnes de choses, mais passer d'une page à l'autre de "ce gros relou qui traque le moindre de mes gestes comme un psychopathe" à "l'amour de ma vie", j'ai eu un peu de mal. Notons que ce coup de foudre singulier permet de faire mûrir d'un coup Sarah, ce qui était loin d'être inutile.

A partir de là, dieu merci, tout s'améliore. J'ai particulièrement aimé l'épisode décrivant les années de guerre, extrêmement bien écrit, qui a de plus le mérite de fournir une pause bienvenue dans un roman qui prenait une tournure à l'eau de rose (à l'eau de rose et à l'eau de vaisselle, mais tout de même). Tout le travail des domestiques est également un bonheur à découvrir, et on sent un énorme travail de recherche. Ce ne sont que des détails, mais apprendre qu'on utilisait des feuilles de thé pour l'entretien des parquets, j'ai trouvé ça génial. Au-delà de ça, rien n'est oublié: la souffrance, le froid ou la chaleur, les petites humiliations quotidiennes (récupérer les vieilles robes de ses maîtresses, quelle classe!), les journées harassantes et les satisfactions minimes...

Le parallèle avec l'intrigue d'Orgueil et préjugés n'est qu'anecdotique, et le roman se découvrirait tout aussi bien sans avoir lu celui d'Austen. Si on excepte le personnage de Mr Bennet et celui de Wickham, les autres sont peut-être égratignés, ou au contraire adoucis, mais on ne les croise que peu. A leur tour de devenir la présence fantomatique au fil des pages!

Une lecture agréable et instructive, mais qui ne laissera pas de trace indélébile dans ma mémoire, malgré la qualité de l'écriture.

Merci encore à Babelio et aux Editions Stock!

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