darling

Elle voulait qu'on l'appelle " Darling ". Elle y tenait ! Pour oublier les coups reçus depuis l'enfance, les rebuffades et les insultes, pour effacer les cicatrices et atténuer la morsure des cauchemars qui la hantent. Elle voulait que les autres entendent, au moins une fois dans leur existence, la voix de toutes les " Darling " du monde. Elle a rencontré Jean Teulé. Il l'a écoutée et lui a écrit ce roman.

Inutile de tourner autour du pot: j'ai adoré ce livre. J'avais déjà beaucoup aimé "Le magasin des suicides" qui m'avait fait découvrir le style si particulier de Teulé (ce mélange de poésie et de vulgarité brutale). Je ne m'attendais certainement pas à une telle claque.

Darling n'est pas très intelligente, pas spécialement belle, n'a aucun talent particulier... si ce n'est celui de se relever de tout. Et cela suffit pour en faire une héroïne extraordinaire. J'ai trouvé que l'auteur parvenait à la décrire avec une immense délicatesse et beaucoup de respect: ç'aurait été très facile de la tourner en ridicule dans certaines scènes, de la faire passer pour la dernière des idiotes. Au fond, tout le livre aurait pu être écrit au second degré! Sa vie est une telle accumulation de mauvais choix et d'épisodes incroyables qu'il aurait été bien plus simple d'en faire une comédie dramatique. Ce n'est pas le cas... et ça fonctionne formidablement bien. On ressent une empathie énorme pour cette femme plus d'une fois brisée, au courage surhumain. On lui pardonne ses erreurs grossières. On lui souhaite le meilleur, du fond du coeur.

Apprendre qu'il s'agissait d'une histoire vraie m'a décoché un uppercut supplémentaire. Lire les péripéties d'un "Rémi sans famille", c'est une chose: on peut soupirer que l'auteur a vraiment grossi le trait et exagéré les choses, et afficher un petit sourire narquois. Mais là? Comment digérer ce récit en sachant que tout est vrai? Comment accepter la proximité d'une vie de souffrances? Ce n'est pas "dans un pays fort fort lointain", ce n'est pas "il y a très très longtemps". C'est là, parmi nous, au beau milieu de nous. Une répétition insupportable de faits divers, avec toujours la même victime. 

Je l'ai terminé depuis plus d'une semaine, et je ne trouve toujours pas les mots. C'est comme une plaie toujours à vif... Je ne veux pas parler de "personnages", puisqu'ils existent. Je ne veux pas critiquer "l'intrigue", puisque c'est une vie. J'ai souffert, j'ai ri, j'ai pleuré. J'ai vécu une autre vie à travers ces pages, et cette magie-là est suffisamment rare pour nous laisser hébétés et idiots, avec seulement ces quelques mots à la bouche: "Lisez-le". Encore une gueule de bois livresque. 

 

J'ai regardé le film dans la foulée, étant donné que je ne parvenais pas à sortir de ce roman. Les acteurs sont très bon (stupéfiante Marina Foïs!), mais j'ai trouvé l'intrigue terriblement édulcorée par rapport au roman. D'ailleurs, les éléments qui m'ont le plus marquée n'y figuraient pas. Pourtant, même comme ça, ça reste difficilement acceptable... C'est dire.