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« Keith me » n’est pas un livre de plus sur les Rolling Stones. Il n’est pas non plus la biographie de Keith Richards, ni l’autobiographie amoureuse d’Amanda Sthers. « Keith me » est pourtant ces trois livres à la fois : par un tour de force littéraire assez impressionnant, Amanda Sthers, Andréa Stein dans le roman, est entrée dans la peau de Keith Richards. Elle est ce visage étouffé de rides, elle est cet enfant perdu dans le parc municipal de Dartford. Elle est l’amant de Mick Jagger quand ils font l’amour pour la première fois, elle est ce guitariste de génie qui s’envoie les plus belles filles du monde, elle a pris les mêmes drogues, suivi le même diable et survécu à tout. Elle est aussi, entre les lignes, une jeune femme qui vient de rompre avec le père de ses enfants, cette éternelle jeune fille que personne ne prend vraiment au sérieux ni au tragique et qui semble devoir connaître quelques vrais malheurs avant d’être reconnue comme artiste. Comment surmonter un chagrin, comment raconter une rupture sur un mode et sur un ton neufs : en changeant de personnalité, en changeant de rôle et de sexe, en devenant ce vieux garçon qui a sniffé les cendres de son père.

 

Le malaise. C'est ce qui me restera de ce bouquin, en dépit de ses qualités. Il n'est pas mal écrit, il n'est pas inintéressant, il semble même assez bien documenté - je ne connais pas assez la vie de Keith Richards pour pouvoir l'affirmer.

Ce qui m'a gênée, c'est la partie clairement autobiographique. Pour ceux qui ne le savent pas, Amanda Sthers est l'ex-femme de Patrick Bruel. Je ne suis pas fan de magazines people, pourtant je le savais... et j'ai eu l'impression d'assister à un grand déballage dont je ne voulais absolument pas.

Je ne comprends pas trop le choix de l'auteur. Tant qu'à ne pas se cacher, puisque le récit est en partie autobiographique, pourquoi ne pas utiliser son vrai nom? Ce "Andréa Stein" maladroit ne laisse aucune place au doute, son ex-mari dans le livre est également un chanteur célèbre, joueur de poker... Quitte à l'assumer, et à laver son linge sale sur la place publique, j'aurais peut-être préféré qu'elle y aille à fond. Mais non: on navigue constamment entre deux eaux, derrière le voile de cette identité modifiée, avec le sentiment désagréable d'un règlement de comptes.

C'est peut-être injuste pour elle. Si son ex avait été un sombre inconnu, je me serais foutue comme d'une guigne du récit du gâchis de son mariage et de son divorce. Je n'aurais pas vaguement su de qui elle parlait, je lui aurais donc probablement tout autorisé. Mais puisqu'on parle d'un personnage public, ce retour un brin aigri sur leur histoire m'a fait l'effet d'assister à la scène de ménage d'un couple d'amis. Tout le monde a le droit de s'engueuler, mais par égard pour les autres, faites-le dans l'intimité.

Je réalise que je ne parle pas de la partie consacrée à Keith Richards, et du parallèle qui s'établit entre les personnages, et pour cause: je n'ai pas réussi à m'impliquer dans ce récit. Le peu de plaisir que je pouvais en retirer était aussitôt foudroyé par les considérations sur cette vie conjugale boiteuse. JE NE VEUX RIEN SAVOIR. Je voulais laisser son intimité à l'auteur et à Patriiiiick, moi. Ca ne me regarde pas, ce naufrage.

Soit on le dissimule en changeant des détails, soit on l'assume complètement... Mais on ne reste pas le cul entre deux chaises comme ça.

Ce n'était définitivement pas pour moi.