souris

"Lennie serra les doigts, se cramponna aux cheveux.
- Lâche-moi, cria-t-elle. Mais lâche-moi donc.
Lennie était affolé. Son visage se contractait. Elle se mit à hurler et, de l'autre main, il lui couvrit la bouche et le nez.
- Non, j'vous en prie, supplia-t-il. Oh, j'vous en prie, ne faites pas ça. George se fâcherait.
Elle se débattait vigoureusement sous ses mains...
- Oh, je vous en prie, ne faites pas ça, supplia-t-il. George va dire que j'ai encore fait quelque chose de mal. Il m'laissera pas soigner les lapins."

 

Quelle claque.

Je me suis lancée dans ce livre sans grande conviction. Il trainait dans ma bibliothèque depuis des années, et ce n'est que parce qu'il est court, et fait partie de la liste des Teacher's Favourite Books que je me suis décidée à le découvrir.

J'ai été happée par l'histoire. La relation entre George et Lennie est l'une des plus belles amitiés que j'ai eu l'occasion de découvrir en littérature. On ne la comprend pas vraiment, personne ne nous explique clairement pourquoi George s'encombre de ce Lennie un peu attardé, quand lui-même clame à de nombreuses reprises que sa vie serait bien plus simple en solo. Pourtant les voilà sur les routes, tous les deux, avec leur rêve si simple d'une petite parcelle de terre bien à eux, une simple petite ferme où vivre libre... et nourrir des lapins.

L'écriture de Steinbeck est incroyable de simplicité. Avec une économie de mots remarquable, il parvient à dépeindre très précisément les lieux et les personnages. J'ai trouvé l'histoire très cinématographique, et je ne cessais de me dire que ça ferait une superbe pièce de théâtre. J'ai découvert par la suite qu'il a en effet été adapté sur les planches, au cinéma et à la télévision, et je suis curieuse de découvrir tout ça!

Les dernières pages sont juste une merveille d'émotion. J'ai pleuré comme une petite fille, et je suis resté pendant des jours avec ce dénouement comme un poids sur le coeur. Cela pouvait-il se terminer autrement? Comment? Etait-ce la bonne solution? Je crois que George a offert le meilleur à Lennie, mais je ne peux toujours pas l'affirmer.

C'est un roman simple et dur, dont la lecture est brève mais l'influence énorme. L'effet qu'il a eu sur moi correspond parfaitement à l'expression anglaise "Book Hangover": une gueule de bois livresque. L'impossibilité de commencer un nouveau livre parce qu'on vit toujours dans le dernier.

hangover

"Des souris et des hommes" fait dorénavant partie de la catégorie très fermée des livres que j'ai collés dans les mains de mon mari en lui disant "Arrête tout et LIS CA".

Je vous dis la même chose: arrêtez tout. Lisez-le.

 

teachsmall

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