couto

 

"Au Mozambique, au bord de l'océan Indien : Zeca Perpétuo, un ancien pêcheur, n'a d'yeux que pour sa voisine, la mulâtre Dona Luarmina qui passe le plus clair de son temps à effeuiller des fleurs invisibles. Leurs conversations quotidiennes, tour à tour cocasses, désabusées ou poignantes empruntent souvent des voies étranges. Peu à peu, ils en viennent à délivrer de lourds secrets. Iront-ils jusqu'au bout de leur dialogue alors que leur existence, déjà précaire, sombre inexorablement ?"

J'ai eu l'occasion de découvrir ce livre grâce à l'opération Masse Critique, organisée par Babelio, et aux Editions Chandeigne. Je ne savais rien de Mia Couto, mais le résumé m'avait intriguée. Je suis curieuse, j'ai l'amour du risque dans la peau: j'ai postulé, et j'ai eu l'excellente surprise d'être sélectionnée!

Je ne m'attendais à rien de spécial. Je savais simplement, hasard du calendrier, qu'on lui avait décerné le prix Camões (l'un des plus importants de la littérature de langue portugaise) fin mai, ce qui signifiait donc que ce n'était pas un amateur. C'était plutôt bon signe.

Le livre m'est parvenu très vite après l'annonce de ma sélection, avec un gentil petit mot (mille mercis aux Editions Chandeigne!). Un tout petit bouquin de 78 pages, divisés en huit chapitres, dont les premiers mots nous plongent immédiatement dans l'ambiance:

"Je ne suis heureux que par paresse. Le malheur, c'est trop de boulot! Plus crevant qu'une maladie! Il faut y entrer et en sortir, écarter ceux qui veulent nous consoler, et accepter des condoléances pour une parcelle de notre âme qui n'est même pas morte."

J'accroche tout de suite. Chaque phrase est si belle qu'on pourrait la reprendre comme citation, chaque mot semble ciselé, choisi avec soin, parfaitement à sa place. Il y a des profondeurs étonnantes et des réflexions faussement candides. Certains parlent de fable, mais je n'y ai pas trouvé de morale, je ne les suivrai donc pas sur ce terrain. Il s'agit plutôt d'un très long poème en prose, à mes yeux.

On aurait donc pu craindre que cette poésie le rende indigeste au bout de quelques pages, mais pas du tout! Il se dévore page après page. Et se recommence dans la foulée, ce qui est quelque chose que je ne fais pourtant que rarement.

Ces échanges entre Zeca et sa corpulente voisine, tous deux "sur le versant duquel la vie ne bouge que pour descendre" se teintent de toutes les émotions: séduction, maladresse, tendresse, saudade... et leurs échanges ne perdent jamais de ce piquant unique qui fait tout leur charme. Dona Luarmina sait se défendre face aux avances de l'ancien pêcheur, et parvient à lui faire dévider les souvenirs vrais qu'elle a envie d'entendre. Ils s'enchaînent donc, et la relation des voisins s'étoffe à mesure que le récit progresse.

Si je l'ai tellement aimé, pourquoi ne pas lui offrir la note maximale, dans ce cas? Simplement parce que je considère que ce n'est pas un livre qui pourra être recommandé à tout le monde. Je l'ai vécu comme un moment suspendu, une parenthèse poétique à savourer, et je pense qu'il faut être capable de s'accorder cet instant de grâce pour pouvoir vivre ce récit et le comprendre. Si vous ne lisez qu'une dizaine de pages avant de dormir, vous passerez peut-être à côté.

Mais si vous vous servez un thé, que vous débranchez le téléphone, que vous vous déconnectez du monde avant de vous installer confortablement et de tourner la première page... Là, je vous garantis de la magie.