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L'apocalypse a eu lieu. Le monde est dévasté, couvert de cendres. Un père et son fils errent sur une route, poussant un caddie rempli d'objets hétéroclites et de vieilles couvertures. Ils sont sur leurs gardes car le danger peut surgir à tout moment. Ils affrontent la pluie, la neige, le froid. Et ce qui reste d'une humanité retournée à la barbarie. Cormac McCarthy raconte leur odyssée dans ce récit dépouillé à l'extrême. Prix Pulitzer 2007, La Route s'est vendu à plus de deux millions d'exemplaires aux États-Unis.

Fans de Fallout, amis de Fractal, bienvenue à la maison: voici un monument du courant post-apo.

On ne sait pas ce qui a causé cette fin du monde, et on ne l'apprendra jamais: on se contente de l'accepter placidement, guidé par les phrases incisives de l'auteur et ses réflexions brèves et tranchantes sur le devenir de l'humanité en général, ou de ses personnages en particulier. Terrible cruauté de la plume de Cormac McCarthy qui ne nous épargne rien, ni le cannibalisme, ni la violence, ni la faim, ni le froid omniprésent et ce monde de cendres fantomatique où l'on en vient à douter que les protagonistes soient encore vivants. On est bien loin de l'optimisme américain à toute épreuve et de la convention du Happy End... Et c'est ça qui est bon. La peur, à la frontière de la paranoïa, domine chaque décision. 

Survivants anonymes (dans tous les sens du terme puisque l'auteur ne les nommera jamais) de ce qu'il reste à parcourir, le père et l'enfant sont engagés dans une lutte dérisoire pour trouver de quoi subsister et avancer, toujours avancer, sur le ruban de bitume qui n'a pourtant rien à leur promettre.

C'est un fantastique voyage que Cormac McCarthy nous propose, dans un style dépouillé; un voyage terne et résigné, froid et factuel, dans un monde où l'émotion est reléguée au second plan par souci de nécessité. Les brèves bouffées sentimentales sont aussitôt réprimées par le père, tout comme les souvenirs de la "vie d'avant" qui risquent de l'entraver. Tout est répétitif, lancinant, menaçant. Se nourrir, garder l'oeil ouvert, boire, courir, survivre. Et tout ça pour quoi? La curieuse absence de motivation (ou du moins de motivation clairement énoncée) nous replonge dans un état sauvage, animal. L'homme survit pour survivre, et c'est déjà bien assez difficile comme ça.

Les amoureux du genre seront séduits... Et les autres auront l'occasion de découvrir avec horreur les étendues désertiques et mornes d'un monde fini. Extraordinaire moment en perspective.